Émile Roberge soumet à la Commission scolaire du Val-des-Cerfs la suggestion de la nommer « École Gaston-Miron ».

La Voix des lecteurs

Un nouveau nom pour l’école L’Envolée

« L’école secondaire L’Envolée veut changer de nom », nous disait-on dans La Voix de l’Est du 25 octobre. Lorsqu’en 2011, on a voulu baptiser la nouvelle école, voisine du Mont Sacré-Cœur, un groupe d’écrivains de Granby et de la région (dont j’étais), avions proposé qu’on la nomme « École Gaston-Miron ». Notre proposition ne fut pas retenue. On préféra l’appeler « Eureka ». Ce qui fit dire à Richard Racine (directeur général de la société d’Histoire de la Haute-Yamaska et membre du comité de toponymie de la ville de Granby) que ce choix était « un peu pauvre », ajoutant que « la toponymie, ça sert à se souvenir ».

On n’hésite pas à donner à nos lieux et immeubles des noms de politiciens et de sportifs. Pourquoi les domaines artistiques, éducatifs et culturels sont-ils négligés dans la toponymie de Granby ? Une heureuse exception : le centre culturel France-Arbour. Quant aux écoles de la CSVDC, seulement deux rappellent un personnage, soit l’école Joseph-Potevin, nom d’un ancien curé de Granby et J.-Hermas-Leclerc, industriel, conseiller municipal et député fédéral.

L’école L’Envolée « sera la seule des trois écoles secondaires de Granby à offrir le programme d’Éducation internationale ». Le nom de Gaston Miron me semble donc des plus appropriés. Cet ancien étudiant au Mont Sacré-Cœur a une renommée internationale et il a souvent répété que pour lui « tout avait commencé à Granby ». Lors d’une nuit de poésie au Cégep de Granby, il a longuement et chaudement parlé de ses années d’étude dans notre ville. Issu d’une famille modeste (son père ne savait pas lire), il est devenu un chef de file. Son œuvre littéraire est traduite en huit langues. Jean Royer avait raison de dire que « son œuvre est devenue un chant du monde ». De plus, il a été couronné par dix prix, tant au Québec, qu’en France et en Belgique et une vingtaine de biographies de lui ont été écrites, ici et ailleurs. Ajoutons qu’on le gratifia des hautes distinctions de commandeur des arts et lettres de la République française, de membre de l’Ordre national du Québec, de doctorat « honoris causa » de l’Université de Montréal et on créa, également en France, « l’association des amis de Gaston Miron ». Cet enfant pauvre a réussi à influencer toute une génération, ici et ailleurs, à cause de son idéal, de sa détermination, de son amour de sa patrie et de sa préoccupation de servir. Il pourrait certes inspirer les jeunes de notre école internationale.

Je soumets donc cette suggestion à la Commission scolaire du Val-des-Cerfs, humblement, chaleureusement et à titre personnel.

Émile Roberge, membre de la société d’histoire de la Haute-Yamaska

Granby

La clause nonobstant

La clause nonobstant, prévue aux articles 1 et 33 de la Charte fédérale, et 52 de la Charte québécoise, prévoit qu’un gouvernement peut soustraire d’avance une partie de sa loi à la juridiction de la cour. Pour ce faire, il doit le signifier expressément dans sa loi. Et la dérogation ne vaut que pour une période de cinq ans, renouvelable. Ce qui force le législateur à réexaminer la pertinence et la légitimité de sa dérogation périodiquement.

Cette disposition fait partie de l’équilibre des pouvoirs dans une saine démocratie et assure la suprématie du Parlement sur la cour dans certaines circonstances. J’emprunte la justification à un énoncé de la Cour suprême du Canada sur le sujet. Dans la confrontation entre le Parlement et les tribunaux, la clause « nonobstant » assure, comme il se doit, la primauté du premier sur les seconds. Dans l’ensemble de la vie civique, notamment dans les conflits entre individus et dans l’évaluation de la responsabilité criminelle, les juges jouent un rôle indispensable. Il n’est pas question de minimiser leur rôle ni leur compétence. Mais cela n’est pas nécessairement vrai pour les questions d’intérêt général, pour des sujets hautement délicats qui appellent une solution de sagesse politique plutôt que théorique (par exemple, connaissance précise du milieu, reconnaissance des droits collectifs, protection de la paix sociale, conséquences pour la société). (Cour suprême du Canada, Loi sur la possession de marijuana pour usage personnel, 2003)

Jean Chrétien, qui avait pressé P.-É. Trudeau d’accepter l’article 33 en 1982, en a défendu la légitimité, sinon la nécessité pendant toute sa carrière. Lors de la course au leadership en 1989, il a critiqué la politique de son parti en déclarant qu’« il y a des situations où elle [la disposition] est absolument nécessaire ».

Dans une entrevue au Toronto Star en août 1999, le juge en chef de la Cour suprême, Antonio Lamer, a déclaré à un journaliste que les législateurs pouvaient toujours contourner la cour en utilisant la clause nonobstant qui assure « que les élus ont toujours le dernier mot, quand ils veulent l’avoir ». (Entrevue à Edison Stewart, Toronto Star, 28-08-1999)

Dans une entrevue au Devoir, en 2002, la juge Claire L’Heureux-Dubé a déclaré que les législateurs pouvaient toujours contourner la Cour suprême en utilisant le « pouvoir de déroger » s’ils étaient en désaccord avec une décision de ladite cour : aux parlementaires de faire d’abord leur travail. Et la juge de continuer en déplorant que parfois ce sont les politiciens qui ne prennent pas leurs responsabilités en renvoyant les dossiers chauds à la cour. (Rapporté par Josée Boileau, Le Devoir, 20-04-2002)

Le recours à cette clause est donc bien légitime. C’est à tort que les législateurs ne le reconnaissent pas davantage et n’y aient pas plus souvent recours pour assurer leur vision de l’équilibre des droits et du bien commun.


Guy Durand, Auteur de La culture religieuse n’est pas la foi. Identité du Québec et laïcité, Montréal, éditions des Oliviers, 2011, 148 p. ; Brouillon de culture québécoise. Pour une démocratie authentique, Fides, 2014, p 49-78.

Dunham