La Voix des lecteurs

En réponse à la chronique « Passer à l’Est »

En octobre, le conseil de la MRC de La Haute-Yamaska convenait de façon unanime de déposer une demande officielle pour changer de région administrative, passant de la Montérégie à l’Estrie. Cette démarche vise à mettre un terme à la situation ambiguë dans laquelle se trouve la Haute-Yamaska qui relève tantôt de l’une ou l’autre de ces deux régions administratives selon les secteurs d’activités et ainsi s’assurer que la population obtienne sa juste part des services et des enveloppes budgétaires en provenance du gouvernement.

Car, ne soyons pas dupes, les citoyens yamaskois sont pénalisés par ce chevauchement de régions administratives qui a pris de l’ampleur à partir du moment où la Haute-Yamaska a été transférée de la Montérégie à l’Estrie en matière de santé. À l’époque, seulement quelques services gouvernementaux estriens desservaient notre territoire : la Sûreté du Québec, le Tourisme et la Justice notamment. Au cours de 2017-2018, une accélération de ces transferts s’est effectuée avec le Transport, l’Immigration et récemment l’Environnement. Le transfert de la Haute-Yamaska vers la région de l’Estrie est donc déjà en cours, mais s’opère au compte-gouttes selon la volonté des ministères.

Tant le monde municipal que les organismes du milieu subissent ces aléas du gouvernement. Tous doivent redoubler de vigilance afin de faire valoir leurs intérêts auprès des bonnes instances. Parfois, ils doivent les défendre sur deux fronts, notamment dans le cas où notre région se voit rattachée à des tables de travail en Estrie, alors que les enveloppes budgétaires auxquelles nous sommes admissibles se trouvent en Montérégie. Nos représentants peuvent également être appelés à siéger sur des tables de concertation des deux régions pour un même sujet. Cela double inutilement leur charge de travail, entraîne un gaspillage de ressources et des frais considérables assumés en fin de compte par nos citoyens. Il s’agit d’un non-sens.

De surcroît, avec l’abolition des conférences régionales d’élus, le gouvernement précédent a demandé la concertation et l’implication des préfets de chaque région administrative afin de conclure des ententes sectorielles à l’échelle régionale. Puisque nous siégeons actuellement à la Table des préfets de la Montérégie, comment pouvons-nous défendre adéquatement nos intérêts pour les thématiques des ministères relevant de l’Estrie ? L’écartèlement entre deux régions n’est plus acceptable.

Ce que la MRC demande, c’est de finaliser le transfert des dossiers qui sont toujours rattachés à la région administrative de la Montérégie vers l’Estrie et ainsi de mettre un terme à ce méli-mélo.

Une tendance naturelle se dessine vers l’Estrie. Dans cette région administrative, la Haute-Yamaska aurait un poids démographique de 33 %. C’est nettement supérieur à celui que nous avons en Montérégie où nous représentons seulement 7 % de la population. En étant en Estrie, nous pourrons donc nous voir attribuer des services et des enveloppes budgétaires répondant davantage aux besoins de notre population.

Il est grand temps que nos citoyens soient représentés au sein d’une seule région administrative et cessent d’être considérés comme des citoyens de seconde zone. Passons à l’Est maintenant !

Paul Sarrazin

Préfet de la MRC de La Haute-Yamaska

Un bisou par-ci, un non-consentement par-là !

Depuis belle lurette, intégrer des contacts physiques lorsque nous souhaitons saluer quelqu’un fait partie de nos normes sociales au Québec. Les fêtes arrivent à grands pas. Pour certains, cela peut signifier la joie de revoir des membres de la famille plus éloignée, pour d’autres, le dégoût ou la peur quant au fait de devoir donner des câlins et des bisous au nom de la politesse.

Adultes, nous sommes conscients de notre liberté à donner ou ne pas donner de bises aux gens que nous rencontrons, mais pour un enfant, c’est autre chose ! Imposer ces gestes aux enfants est devenu une habitude dans le but de leur enseigner les bonnes manières ou tout simplement pour répondre à nos propres désirs. « Va donner ton bec à grand-maman avant de partir ! » ou « Donne-moi un bisou sinon t’auras pas de dessert ! » sont des phrases communes dans notre culture et ô combien banalisées. 

Bien que ces gestes puissent sembler anodins, ils peuvent avoir de grands impacts sur le développement psychosexuel d’un enfant. Le consentement sexuel ne s’apprend pas uniquement à l’adolescence lors des cours d’éducation à la sexualité, ça s’apprend dès l’enfance. Si un jeune est entouré d’adultes lui permettant de choisir la façon dont il souhaite saluer les gens qu’il rencontre, il comprendra plus facilement qu’il n’est pas dans l’obligation de faire des gestes qu’il ne désire pas faire. À l’inverse, la notion de consentement peut être difficile à comprendre pour un enfant qui est contraint dans certaines situations à donner des gestes d’affection à d’autres alors qu’il ne le souhaite pas.  

Il est important de se conscientiser sur le rôle que nous avons quant à l’éducation des enfants qui nous entourent. Enseigner à ceux-ci qu’ils possèdent le droit de refuser certaines actions est un moyen de prévenir les agressions sexuelles. Ainsi, ils sont déjà sensibles à l’idée qu’un adulte ou un autre enfant ne peuvent en aucun cas les obliger à faire des gestes de nature sexuelle qu’ils ne veulent pas faire et ils comprennent l’anormalité de la situation.

Certains jeunes peuvent également avoir un très grand plaisir à être en contact physique avec les autres. Il est primordial de leur enseigner à respecter l’intimité d’autrui et qu’il est possible de faire un câlin, donner la main ou un bisou à la condition de demander de prime abord. Le respect de l’intégrité physique fonctionne dans les deux sens.

Nos traditions sont porteuses de bonne volonté, mais peuvent aussi comporter quelques lacunes. Une norme sociale, ça se déconstruit et la politesse ne s’exprime pas uniquement par des salutations incluant des contacts physiques. En tant qu’acteurs de changement, prenons l’engagement de protéger nos tout-petits en leur inculquant des connaissances qui pourront leur servir et les protéger toute leur vie. Aidons-les à renforcer leur autodétermination et leur capacité à faire des choix éclairés basés sur des valeurs de respect et d’intégrité.


Isabelle Corbin

Intervenante et agente de prévention et de communication du CALACS de Granby