La voix des lecteurs

Sexe, respect et mutualité

Le consentement, la drague, les relations hommes-femmes semblent être devenus des concepts flous et effrayants. 

Les protagonistes de l’émission Désautels du dimanche 11 février nous parlent d’un extrait du programme Empreinte sur le consentement. Où le consentement est, selon eux, discutable.

En réponse à l’émission, le RQ CALACS rapporte que « la vignette qui fait l’objet du reportage diffusé dimanche dernier décrit explicitement une situation dans laquelle une jeune fille cède aux pressions de son partenaire qui exerce un certain chantage pour obtenir un rapport sexuel. Dans la mise en situation originale proposée dans le guide d’animation du programme, la jeune fille ne dit pas “oui”, elle ne dit mot et cède. La mise en situation présente un risque de manipulation affective. Il est vrai que l’intervenante que l’on entend dans le reportage interprète légèrement le contenu original tel que conçu par le programme Empreinte. »

Dans l’exemple cité du programme, le besoin du garçon éclipse celui de sa partenaire. Il insiste pour avoir une relation sexuelle, alors qu’elle a déjà mentionné ne pas être prête. Il aurait pu lui demander ce qui la freine, s’il peut faire quelque chose pour qu’elle soit plus à l’aise. C’est de la mutualité et de la communication. Le programme Empreinte donne comme ligne directrice quatre valeurs pour guider la réflexion des jeunes : liberté, égalité, respect et sécurité. Ce sont des valeurs d’une relation saine et qui devraient se retrouver dans une sexualité saine. Est-ce que l’égalité, la liberté et le respect sont présents dans l’exemple ? Réfléchissons, le garçon met de la pression, ce qui réduit la liberté de dire non, ce qui met son besoin au-dessus de celui de l’autre (pas d’égalité ici) et ne respecte pas son non-consentement initial (elle disait ne pas être prête). Aussi, on peut parler d’un contexte d’agression, le garçon n’est probablement pas un « méchant violeur », mais ses gestes auront probablement une répercussion sur le bien-être de sa partenaire. Malheureusement, cette partie est passée sous silence. 

Allons un peu plus loin, il y a un contexte social autour des relations amoureuses, des relations sexuelles et des relations hommes-femmes en général. Dire aux jeunes filles qu’elles doivent surveiller leur verre, faire attention à ce qu’elle porte, ne pas marcher seule la nuit et dire « non » de façon claire quand elles subissent des gestes inappropriés est une forme responsabilisation de la femme face aux comportements d’autrui. Les hommes ne vivent pas ce genre de diktat, ils peuvent marcher sans crainte après le coucher du soleil ou boire un verre dans un bar. De plus, l’affirmation du consentement de la jeune fille, mentionné dans l’émission Désautels le dimanche, omet la socialisation des jeunes femmes. Encore aujourd’hui, beaucoup de jeunes femmes pensent que c’est normal de mettre ses besoins sous le tapis pour l’autre, alors qu’elles aussi ont des besoins et des désirs. Il faut dire aussi que la plupart des jeunes filles qui « cèdent » aux avances pressantes de la sexualité de leur partenaire n’en parleront jamais, se disant que c’est normal. 

Dernière mention : la sidération psychique. C’est devenir figé de peur ou de surprise. C’est aussi une réalité des victimes d’agressions, parfois, elles ne peuvent physiquement pas dire non. Alors, que les jeunes apprennent à être à l’écoute de leur partenaire est crucial. Si la personne à « l’air d’avoir autant de fun qu’une algue morte » comme disait Manal Drissi, ce serait bien que le partenaire y voit un signe que quelque chose cloche et que son partenaire est peut-être mal à l’aise. Au CALACS, nous soutenons des relations saines, et un consentement donné de façon libre, éclairé, dans le respect et surtout l’enthousiasme mutuels.


Marie-Lou Guay-Grand’Maison 

Intervenante, agente de communication et de sensibilisation

Granby

Vers une société égalitaire

Le 8 mars, il convient de célébrer le pas important franchi au cours de 2017-2018 par les groupes féministes. À l’instar des suffragettes d’il y a un siècle, un obstacle vers l’égalité s’éclipse peu à peu. Il s’agit, espérons-le, d’un véritable changement de paradigme : les relations personnelles, tant publiques que privées, entre les femmes et les hommes connaissent un saut qualitatif modifiant sensiblement les règles implicites depuis 5000 ans ! Les femmes sont davantage reconnues (enfin) comme de véritables sujets plutôt que des « objets » à disposer par les hommes blancs hétéroaffectifs dont Donald Trump  représente caricaturalement l’archétype. 

Cette révolution s’inscrit dans les trois vagues ponctuant les mouvements des femmes. La première remonte du milieu du 19e siècle jusqu’à la moitié du 20e siècle. Elle visait à un accès au droit de vote et à la reconnaissance du statut juridique. La seconde vague (1945-1990) cherchait à établir pleinement, sur le plan institutionnel et public, les droits sociaux, économiques et politiques des femmes. Plusieurs comme l’équité salariale, les congés de parentalité, l’accès aux métiers non traditionnels et la remise en cause des stéréotypes concernant les rôles féminins sont obtenus au prix de grandes luttes. La troisième vague (1990-) développe davantage l’autonomisation des femmes sur le plan personnel ainsi que la diversité des regards. Elle transforme sensiblement les cadres relationnels normatifs de la société.

Or, le mouvement #MoiAussi s’enracine dans cette troisième vague. Elle touche à ce que l’historienne Micheline Dumont désigne comme le « noyau dur » du patriarcat. Il s’agit des construits usuels de la culture androcentrique implicite qui déterminent le regard, les codes et les attentes des relations séculaires hiérarchisées et sexistes de nos sociétés. 

Il s’agit d’un pas digne d’un bouleversement copernicien dans la construction de relations égalitaires. Néanmoins, il est à souhaiter que cette transformation se poursuive vers une égalité pleine et entière abolissant le critère des doubles standards comme l’illustre Marina  Yaguello citée par la professeure Martine Delvaux (2014) : « Le statut d’une fille étant indésirable [selon un regard patriarcal], on dira d’une fille, “c’est un garçon manqué” [une dimension positive associée à la force, au courage et au leadership], mais jamais d’un garçon “c’est une fille manquée” [dimension peu valorisée car elle est associée à la vulnérabilité et à la faiblesse] ». Il est à espérer qu’un jour, qualifier une personne de « fille manquée » devienne un facteur de reconnaissance d’une qualité valorisée socialement, économiquement et politiquement. 

Mais cela ne constitue qu’une étape. Il importe avant tout d’intégrer la notion qu’il n’existe aucunement des émotions ou des attitudes proprement féminines ou masculines, mais des comportements humains caractérisés par la diversité de dimensions, sur de multiples plans, peu importe le genre. L’adoption d’un tel modèle favorisera la poursuite de l’édification d’une société égalitaire, pluraliste, solidaire, inclusive et écologique.

Patrice Perreault

Granby