La Voix des lecteurs

À propos du Lab-École de Shefford

Hier soir, ma gentille petite voisine est venue me voir pour me demander ce que je pensais de la nouvelle du jour : on va construire un Lab-École à Shefford, un projet de MM. Ricardo et cie.

C’est difficile d’être rabat-joie quand on apprend qu’un investissement de 15 000 000 $ est prévu pour notre région… Mais je me permets quand même de protester doucement et de partager avec vous quelques réflexions.

Comment se fait-il que ce soit à Shefford qu’ils aient décidé d’aller installer un tel projet ? Il doit y avoir des promoteurs immobiliers qui se frottent les mains ! Combien de petites familles vont choisir d’aller s’y installer afin que leurs enfants profitent d’un milieu de vie stimulant et intéressant ? Plusieurs parents bien intentionnés et bienveillants vont choisir d’aller s’établir à Shefford, et on ne peut pas leur en vouloir. 

Plutôt que de choisir Granby par exemple, ils iront favoriser l’étalement urbain puisque le ministère lui-même l’encourage.

 Il s’agit ici de parents qui veulent offrir ce qu’il y a de mieux à leurs enfants et on peut tous comprendre ça. 

Mais dans le HLM près de chez moi, là aussi il y a des parents qui veulent offrir le meilleur à leurs petits ; ils ont même choisi de quitter leur pays pour le faire… Mais ils n’auront jamais les moyens de déménager à Shefford. 

Comment se fait-il que ce n’est pas au cœur de Granby qu’ils ont choisi de construire une école aussi vivifiante ? J’enseigne dans une école du centre-ville de Granby où, hier encore, on nous annonçait une baisse de 27 000 $ pour le budget de l’année scolaire qui vient, une augmentation du nombre d’élèves et une baisse du temps d’aide de la psychoéducatrice et de la technicienne en éducation spécialisée. 

Vous comprendrez que c’est difficile d’applaudir l’investissement de 15 M$ à Shefford quand on nous annonce qu’on va couper dans la mienne. Et laissez-moi vous dire qu’on ne coupe plus dans le gras. On est rendu à l’os ! 

Et ne voyez pas mes propos comme des plaintes égocentriques. Avec l’expérience que j’ai comme enseignante, je n’aurai sans doute pas beaucoup de problèmes à changer d’école et à choisir un poste dans cette superbe école. 

Mais je ne ferai pas ça. 

Les enfants de Shefford ont déjà la chance d’être nés dans des familles bienveillantes et leurs parents leur offriront tout ce dont ils ont besoin, et même plus. C’est ici, au centre-ville de Granby, que je peux faire une différence. C’est ici que les enfants ont besoin d’une école bienveillante qui tente de leur offrir une éducation de qualité dans un environnement que l’on tente, mes collègues et moi, de garder stimulant avec les bouts de chandelles qu’on nous offre. 

Alors à ma gentille petite voisine, j’ai répondu : 

- J’aurais bien aimé avoir Ricardo dans ma cuisine, et ça n’aurait pas été pour le mettre au chaudron… Je lui aurais dit : « Assieds-toi mon Ricardo, on va jaser ! »

Chantal Beauchemin, enseignante

Granby

Le défi implicite de l’intégration

En cette Semaine québécoise des personnes atteintes d’un handicap, l’accent sera mis sur la construction d’une société inclusive. Il serait souhaitable, dans ce cadre, de regarder le défi de l’inclusion sous l’angle des biais implicites. 

Les études sur les personnes atteintes d’un handicap mettent en relief que des biais implicites représentent des obstacles à l’inclusion. Un biais implicite se définit comme un construit social conditionnant inconsciemment la perception du monde. Or, un biais implicite détermine fréquemment la perception des personnes atteintes d’un handicap. Celui-ci est désigné sous le vocable de «capacitisme» ou de «validisme».

Le capacitisme se comprend comme étant le biais implicite par lequel des personnes, jugées selon les normes sociales dominantes comme capables et compétentes, sont spontanément perçues favorablement. Ainsi, la discrimination s’exerce en associant inconsciemment une personne n’étant pas atteinte de limitations fonctionnelles comme étant nécessairement plus apte que toute autre. À l’inverse, un sentiment négatif émerge quant aux personnes atteintes d’un handicap, instinctivement associées à l’absence de compétences ou de capacités. 

Le cas d’école suivant illustre à merveille le capacitisme : une personne atteinte d’un handicap physique embauchée dans une entreprise, malgré sa scolarisation universitaire et le développement de compétences, ne parvient pas améliorer ses conditions de travail alors que ses collègues moins expérimenté(e)s et formé(e)s obtiennent des augmentations salariales. Pourquoi ? Simplement à cause du biais implicite intériorisé par la direction, souvent camouflé sous un prétexte apparaissant logique. Cela la conduit à considérer, en dépit des faits, comme impossible qu’une personne atteinte de limites fonctionnelles puisse bien accomplir son travail. Deux biais implicites sont à l’œuvre : le premier a trait au capacitisme et le second implique que la rentabilité économique représente le critère privilégié de l’autonomie, de la dignité et donc de la valeur même d’une personne.

Le capacitisme recèle également une autre facette : dans le désir légitime d’inclure des personnes atteintes d’un handicap, un déni est parfois observé quant aux tâches que ces personnes peuvent accomplir. En voici un exemple classique : une personne atteinte de paralysie des membres supérieurs, malgré toute la bonne volonté, ne pourra pas exercer dans le domaine de la chirurgie orthopédique. Il importe dès lors de reconnaître les limitations et de faciliter d’autres options. 

Pour déconstruire un biais implicite (donc inconscient) comme le capacitisme, il importe de prendre conscience de l’intériorisation des normes, tout autant pour les personnes atteintes d’un handicap que celles possédant pleinement leurs facultés. Il existe également des solutions systémiques pour pallier ce type de biais.

Les multiples efforts d’inclusion tant personnels que sociétaux facilitent l’édification d’une société plus égalitaire, équitable et plurielle comme le révèle la thématique de cette année : Ensemble, bâtissons une société plus inclusive. Ceci présuppose de prendre en compte les diverses capacités de participation au devenir de la société; devenir ne se réduisant pas au simple cycle d’une économie capitaliste.

Patrice Perreault, au nom de la Dynamique des handicapés Granby et région