Les gens se paient des résonances magnétiques, des infiltrations de cortisone et d’autres services dans le privé, mais malgré cela, l’enveloppe budgétaire des soins de santé continue à enfler, affirme le chiropraticien Jean-François Petit.

La Voix des lecteurs

Le pont d’or vers le privé

Le gouvernement libéral du Québec a mis tout cela en route il y a quelques années avec le système de santé. On commence par couper les budgets. On effectue des changements dans le système, on le complexifie en tentant de le simplifier. Les gens s’énervent de plus en plus. On augmente le salaire des médecins et, on le voit, ils peuvent maintenant voir moins de patients et faire beaucoup plus d’argent. Les gens s’énervent de plus en plus. Ils se paient des résonances magnétiques, des infiltrations de cortisone et d’autres services dans le privé, mais malgré cela, l’enveloppe budgétaire des soins de santé continue à enfler.

On réalise que le système ne fonctionne pas bien alors on veut autre chose et vous savez quoi ? On réussit parfois à avoir un rendez-vous le lendemain pour une résonance magnétique dans le privé. Quelle merveille ! Alors on vante le privé. Est-ce que ce serait la solution ? Il faudrait avoir davantage de cliniques privées qui seraient équipées comme les hôpitaux. Mais qui pourrait opérer cela ? Des médecins et des spécialistes ? Encore faudrait-il qu’ils aient les fonds nécessaires pour se partir de telles cliniques. Alors, fournissons-leur les fonds, à même les budgets de l’État pour ouvrir leurs cliniques privées d’ici quelques années en augmentant drastiquement leur salaire. Un beau pont d’or pour développer vraiment un beau système privé parallèle.

Et quand les gens qui en ont les moyens se dirigeront massivement dans ces services privés, est-ce que vous croyez que le gouvernement du Québec diminuera nos impôts ? Vraiment ?

Le système médical est favorisé depuis quelques années au Québec à rideaux ouverts par des politiciens médecins, mais depuis trop longtemps derrière les rideaux par des intérêts financiers capitalistes. Il faut essayer de sortir l’argent de l’équation et se poser la question : et si on soignait des êtres humains plutôt que des consommateurs, des statistiques, des courbes normales, des facteurs de risques ? Comment dispenser les meilleurs soins à la population dans une optique humaine ?

Jean-François Petit, chiropraticien

Granby

Je ne sais pas, ne comprends pas, ne vois pas

La réponse du pape Francois, transmise le 27 mars par une lettre aux Autochtones de la part du président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) se lit ainsi : « … Après avoir examiné attentivement la demande et en avoir discuté abondamment avec les évêques du Canada, le pape est d’avis qu’il ne pouvait y répondre personnellement ». Le président de la CECC ajoute « … une possible visite papale aux peuples Autochtones », et encourage les évêques « à continuer de s’engager dans un travail intensif de pastorale visant la réconciliation, la guérison et la solidarité avec les peuples autochtones ».

De 1880 à 1996, le gouvernement fédéral avait confié aux communautés religieuses (les 2/3 à l’Institution catholique) la gestion de ses pensionnats destinés essentiellement à l’assimilation. Objectif : « tuer l’Indien au cœur de l’enfant ». Quantité : plus de 150 000 enfants arrachés à leur famille. Sévices : multiples.

La Commission Vérité et Réconciliation a conclu que ces pensionnats étaient un outil central de « génocide culturel » envers les nations autochtones. Situation qui a contribué à la multiplication des problèmes sociaux dans ces communautés aujourd’hui. La Commission avait notamment recommandé que le Vatican présente ses excuses aux survivants et familles des victimes.

Je ne sais pas les motifs ni le contenu des recommandations faites au pape par les évêques canadiens, ou si des excuses auraient été accompagnées de dollars de compensation. On pourrait donc me dire que je devrais terminer ce mot ici. Un instant, je vous prie.

Je ne comprends pas. Je ne peux donc pas saisir le sens de cette décision. J’aimerais. S’il s’agissait d’une formation politique, je comprendrais. Chaque formation met une stratégie au service de ses objectifs. Mais une institution religieuse avec une préoccupation associée à la foi au Dieu de l’Évangile ? 

Je ne comprends pas la réponse qui mentionne que le pape ne peut « s’excuser personnellement ». Bien évident. Le pape et les évêques en poste actuellement n’ont aucune responsabilité personnelle dans ces sévices. Le tort commis est institutionnel. La Commission réfère d’ailleurs à des excuses institutionnelles. On assume que cela a été compris. C’est donc tout à fait juste que des excuses « personnelles » ne soient pas possibles. Une réponse qui ne serait pas en lien avec la question ?

Je ne comprends pas qu’après avoir présenté une fin de non-recevoir à cette prière de demande, la CECC s’encourage à continuer à faire la même chose : « … s’engager dans un travail intensif de pastorale visant la réconciliation, la guérison et la solidarité ». Comment y lit-on les signes des temps ? 

Vient un moment où les bonnes intentions et les mots d’amour ne suffisent plus. Les jeunes Américains de l’école de Floride l’ont proclamé à leurs politiciens : « On ne veut plus de bonnes pensées, on veut le changement par des actions ». L’amour doit parfois recevoir les bons soins de la Vérité. Il faut que « Bonté et Vérité se rencontrent… que la Vérité germe de la terre et la Justice se penche du ciel » (Ps 85, 11-12). Vient un moment historique, où les prières et les bonnes pensées, nécessaires, ne sont pas suffisantes. Elles peuvent cependant conduire à interpréter une demande de Vérité et Réconciliation comme une soif de Justice venant du ciel. Comme « une œuvre bonne que Dieu a préparée d’avance afin que nous nous y engagions » (Ep.210). Laisserons-nous cette voix crier seule dans le désert ? Une pastorale de bottines, qui marchent un kilomètre dans la Vérité des mocassins de l’autre, n’est-ce pas inspirant ?

La démarche est pourtant bien connue : rentrer en soi même (Lc. 15,17), reconnaître que l’Institution, dans ce passé, a raté l’objectif (ce qui est le véritable sens du mot « péché » (Lc 15, 18) ; le dire à son frère (aux familles offensées, qui sont encore vivantes, ce serait bien). « N’aimons pas en paroles et de langue, mais en actes dans la Vérité » (1 Jn.3, 18). Ce qui est bon pour Pitou ne serait pas bon pour Minou ? 

Je ne vois pas de geste devant une communauté si souffrante. Où pense-t-on pouvoir se rencontrer ainsi ?

Je sais qu’il n’est pas sain d’avoir des attentes dans des situations sur lesquelles on n’a aucun contrôle. Aussi j’hésite à en avoir. Mais j’aimerais.

D’autres confessions chrétiennes aussi impliquées ont déjà présenté des excuses : l’Église anglicane en 1993, l’Église presbytérienne en 1994 et l’Église unie en 1998. N’est-ce pas inspirant ?

Heureusement, et c’est connu aussi, il n’est pas demandé de ne pas tomber, seulement de se relever une fois de plus qu’on est tombé. Vrai pour Pitou et vrai pour Minou. 

Je reste donc avec mes ignorances, mes préoccupations, mes questions… et une indécrottable espérance.

D’un chrétien œcuménique de tradition catholique.

Pierre Paul Gingras

Granby