La vie ne tient qu'à un fil!

Pour ceux et celles qui jettent un regard sur l'évolution des choses, il est évident que le monde marche vers une complexité grandissante.
Si la vie sur Terre a commencé par une simple cellule appelée cyanobactérie, aujourd'hui, après 3 milliards d'années, le cerveau humain en compte à lui seul plusieurs milliards. Si au début du 20e siècle, l'humanité comptait environ un milliard d'humains, 100 ans plus tard, elle en compte 7,5 milliards. S'il fallait faire la liste des avancées technologiques et des découvertes scientifiques, il nous faudrait des milliers de volumes. De même que les hommes de l'ère préhistorique jusqu'à la fin du Moyen-âge se sentaient dépassés par les forces de la nature et cherchaient à tout expliquer en inventant une multitude de fables et de croyances, aujourd'hui, nous nous sentons aussi très dépassés par cette masse de nouveautés technologiques et scientifiques.
Les hommes préhistoriques avaient une bonne raison d'inventer des fables : les connaissances n'étaient qu'à leurs balbutiements. Mais aujourd'hui, en refusant de faire référence à des travaux de recherches crédibles, l'homme moderne se donne le droit de poser un jugement arbitraire sur des réalités qui le dépassent et qu'il ne comprend pas. Pour contrer des centaines de pages de recherches et d'analyses, il lui suffit de twitter un message de 140 symboles pour affirmer péremptoirement que ceci ou cela est faux. Un simple message de 140 symboles est suffisant pour jeter un doute viral sur les travaux de milliers de savants. Les époques de grande noirceur ou d'obscurantisme se sont généralement caractérisées par le mépris des érudits et un rejet radical de la culture et de la science. Ce réflexe serait-il encore plus d'actualité à notre époque ?
En effet, un grand nombre de messages véhiculés sur les médias sociaux sont d'une grande utilité : ils projettent au grand jour l'image du cancer qui gruge l'humanité : un scepticisme irrationnel appuyé sur beaucoup d'ignorance. Comme on dit : quoi de mieux qu'un aveugle pour conduire d'autres aveugles. Or la démocratie électorale reflète parfaitement la situation. Au lieu de 140 symboles, il suffit d'inscrire un X devant le nom d'un digne représentant de notre scepticisme et de notre ignorance et le tour est joué ; nous nous retrouvons avec des leaders politiques issus de la droite néolibérale et réactionnaire. Ceux-ci recueillent des pourcentages effarants de votes, comme c'est le cas aux Philippines, en Russie, aux États-Unis, en France, en Turquie, en Autriche, au Danemark. Il faudrait être très naïf pour croire que le Canada et le Québec ne sont pas atteints de ce mal.
Notre vie personnelle et celle du monde entier ne tiennent qu'à un fil : le petit X que nous sommes tous appelés à inscrire sur le bulletin électoral. La démocratie fait reposer l'entièreté de la responsabilité des choix politiques sur ce X. En ce XXIe siècle, refuser cyniquement de voter ou refuser de voter avec son coeur et sa tête, voilà les principales causes des chaos environnementaux et sociaux vers lesquels nos patelins municipaux et nos nations souveraines se dirigent tout bêtement. Allons-nous continuer à foncer tête première vers notre prochaine extinction dont nous serons les seuls et uniques responsables ? Évitons de nous laisser guider par une colère aveugle et une peur irrationnelle. N'empirons pas la situation en choisissant les pires solutions.
André Beauregard
Shefford