La soeur des poules

Ce n'est pas nouveau de voir des poules à Granby. Déjà à la fin des années 40, il y en avait chez nos voisines au Jardin d'enfance dirigé par les soeurs de l'Immaculée-Conception, devenu depuis ce temps le Centre culturel France-Arbour. Une grande clôture de bois gris séparait nos deux cours. Chaque soir après le souper, une religieuse toute de gris vêtue allait ramasser les oeufs dans le poulailler derrière l'école près du petit jardin de légumes comme en avait ma grand-mère sur la rue Drummond­. On l'appelait gentiment­ « la soeur des poules ».
Un jour en me rendant offrir mes condoléances à la Maison-Mère des soeurs de la congré­gation Notre-Dame, j'y rencontre des religieuses de la congrégation missionnaire fondée par Délia Tétreault­, les M.I.C. comme on les appelle parfois. Tout en racontant l'histoire que je viens d'écrire, une religieuse me coupe la parole pour me dire : « C'est moi la soeur des poules ». Quelle ne fut pas ma surprise ! Notre famille avait quitté Granby en janvier 1950 pour s'établir à Montréal. La religieuse avait quitté Granby pour se rendre en mission en Haïti à peu près à la même époque, elle y a passé 50 ans. En 2001, nous nous sommes retrouvés dans un salon funéraire pour vivre une sorte de résurrection par des retrouvailles plus qu'imprévisibles. 
J'avais le goût de partager cette histoire un peu insolite en cette période de discussion sur le droit de conserver des poules à Granby.
Cette fois, c'est moi qui reviens à Granby après 50 ans de vie sacerdotale à Montréal pour y compléter­ le cycle de ma vie.
S'il y a de nouveau des poules à Granby, il pourrait bien y avoir d'autres histoires insolites à raconter­ dans 50 ans...
André Corbeil, prêtre
Granby