Une baleine noire est sortie de l'eau en Gaspésie.

La sixième extinction

Le golfe du Saint-Laurent a été récemment le cimetière d'une huitième baleine noire en quelques semaines. Xanda, un fils du lion Cécil tué en 2015 par un dentiste américain, vient de subir un sort identique. Les animaux sauvages ont la vie dure ces temps-ci, plus de 30 % des espèces de vertébrés étant en déclin. Les scientifiques estiment que nous assistons à la sixième extinction.
Dans le cas des baleines noires, une espèce en voie de disparition avec moins de 500 individus, des nécropsies n'ont jusqu'ici pas permis de déterminer les raisons de leur décès. On soupçonne les changements climatiques, les collisions avec des bateaux, la présence d'algues ou encore les agrès de pêche. 
La baleine noire ne fréquente habituellement pas le golfe. Ce géant de 30 mètres pouvant peser jusqu'à 170 tonnes vit une partie de l'année dans la baie de Fundy en Nouvelle-Écosse. Pourquoi migre-t-elle maintenant vers le nord ? Mystère. Curieux que personne n'ait encore évoqué la possibilité que ce mouvement soit relié à l'installation d'une première turbine marémotrice l'automne dernier dans la baie de Fundy. Cet endroit est réputé pour ses plus fortes marées au monde et on prévoit y installer des centaines de turbines afin de produire de l'électricité.
Pendant ce temps, des chercheurs viennent de chiffrer que l'humanité a produit 8,3 milliards de tonnes de plastique depuis 1950. Ils estiment que près de 80 % de ces plastiques se sont retrouvés dans les décharges, principalement les océans. Rappelons qu'on a déjà retrouvé jusqu'à huit sacs de plastique dans l'estomac d'une baleine. 
La presse rapporte également que Beyrouth au Liban vit sa énième crise des déchets. Comme solution, les élus n'ont rien trouvé de mieux que d'installer des décharges dans la mer. Est-il possible de poser geste plus inconscient ? Malheureusement oui ! 
Dans le cas du roi des animaux, les conservateurs estiment qu'il ne subsiste aujourd'hui que 20 000 lions dans le monde. Autrefois, cet animal était présent sur tout le continent africain, dans le sud de l'Europe et au Moyen-Orient. Rendu célèbre en raison de sa crinière noire, le lion Cécil était la vedette incontestée du parc national de Hwange au Zimbabwe. Muni d'un GPS pour suivre ses déplacements, il était protégé à l'intérieur du parc. Des braconniers l'ont attiré à l'extérieur à l'aide d'une carcasse, ce qui a permis à un dentiste américain de l'abattre. A-t-on retenu des leçons de cette boucherie ? La mort de son fils Xanda nous rugit la réponse.
Les populations de lions, de girafes, d'éléphants, de rhinocéros et d'ours polaires sont ainsi en fort déclin, tant pour leur nombre que leur répartition géographique. Les scientifiques notent que plusieurs espèces d'animaux, considérées relativement en sécurité voilà à peine une ou deux décennies, sont sérieusement en danger maintenant. 
Ils identifient plusieurs causes dont la disparition de leur habitat, la pollution et les changements climatiques. Un fait s'impose cependant : la présence de l'homme et ses actions sur la planète semblent déterminantes pour la survie des animaux. 
Les experts parlent ouvertement d'une sixième extinction de masse. La précédente, celle des dinosaures, a eu lieu il y a 66 millions d'années. 
L'humanité devra rapidement prendre conscience de la terrible menace qu'elle fait peser sur le monde animal. La fenêtre pour éviter l'hécatombe ne serait que de 20 à 30 ans, le temps d'un clignement de cils à l'horloge de la Terre. À défaut, elle risque de se retrouver bien seule dans ce magnifique paradis.
Pierre-Yvon Bégin
collaborateur aux pages Opinion de La Tribune