La simplicité numérique

LA VOIX DES LECTEURS / À l’heure où le Québec tient ses forums sur les écrans et la santé des jeunes, cet article vous invite à réfléchir, et à déterminer, si vous êtes sous l’emprise du numérique. 

Êtes-vous cyberdépendant ? Êtes-vous envahi par le web au point de voir vos gestes quotidiens entièrement modulés ? 

Je relève ici des observations rapportées par des spécialistes des neurosciences, ou de la psychologie, étudiant des sujets sur l’impact du numérique dans leur vie.

Êtes-vous de la culture du moi, de l’égocentrisme, en quête de selfies avec des vedettes, des politiciens, ou des gens reconnus ? Êtes-vous tant centrés sur le virtuel au point de ne plus savoir interpréter l’expression faciale de vos interlocuteurs ? Êtes-vous déconnectés de l’essentiel de la vie courante, ne pensant qu’à vos messages à envoyer ? Avez-vous tant pitonné un clavier ou touché un écran tactile que vous ne savez plus écrire lisiblement à la main ? Êtes-vous dans la tentation récurrente de texter au volant ? Votre sommeil est-il perturbé par la lumière bleue des écrans ou encore par l’envie de vérifier vos textos la nuit ?  

Le jour, êtes-vous fatigués ? Manquez-vous d’attention, de concentration dans vos tâches de travail ou de la vie courante ? Sentez-vous l’anxiété monter en vous ? Vous sentez-vous mal aimés des autres quand votre nombre de « likes » sur les médias sociaux est en baisse ?

Empressés de texter sur Internet, avez-vous levé vos filets de sécurité numérique ? Avez-vous été victimes d’hameçonnage, de désinformation, de cyberintimidation ou d’arnaques par voie du numérique ? Êtes-vous de ceux qui passent un grand nombre d’heures sur des écrans à la maison ou au travail, sans faire de l’exercice, du sport ou des sorties dans la nature ? 

Êtes-vous devenus compulsifs, prêts à réagir sur les médias sociaux quitte à vivre une perte de confidentialité, voire une atteinte à votre vie privée ou celle d’un proche ? Êtes-vous crédules face aux fausses nouvelles, prompts à dénoncer le ridicule de messages virtuels ?

 Au niveau neuronal, il se peut que votre cerveau ait des noyaux caudés plus stimulés que l’est votre hippocampe. Les premiers sont des groupes de neurones de votre cerveau qui assurent vos gestes automatiques, alors que le second soutient vos actions réfléchies. Les scientifiques évalueront un jour le lien à faire entre ces lots de neurones et la probabilité future de dérive vers des maladies neurodégénératives avec les années. 

Au niveau populationnel, vous êtes peut-être à risque de vol de données personnelles ou de cyberfraude. Les géants du web se sont tant approprié gratuitement les contenus publiés par des journalistes professionnels, sans payer de redevances ou de taxes à l’État, que ces journaux disparaissent ou subissent des revers économiques. La population est sous-informée en région. Le pays met du temps à légiférer et réagir. Le droit à la déconnexion temporaire de son cellulaire n’est point reconnu. Nous réduit-on à être des robots cognitifs ?

Des personnes optent pour la simplicité volontaire, qui consiste à consommer peu de biens, pour ne pas en être esclaves. Vous, opteriez-vous pour la « simplicité numérique » en réduisant votre usage des écrans de toute nature ? Reprendre la maîtrise de son humanité est une cible plus digne que mettre ses neurones sous l’esclavage du virtuel!


Luce S. Bérard

Granby