La santé mentale, un sujet encore tabou

LA VOIX DES LECTEURS / Je suis intervenante en santé mentale et dépendance au CISSS de la Montérégie-Ouest. Auparavant, j'étais cadre à la DPJ en centre d'accueil, emploi que j'ai quitté suite à un burn out pour dépression et anxiété. On ne parle pas dans notre milieu de travail, surtout les cadres, de la maladie mentale. C'est un sujet tabou encore aujourd'hui.

Je vous écris afin de souligner le manque de ressources dans le réseau de la santé et des services sociaux pour répondre aux besoins en santé mentale et de dépendance pour la population. Actuellement dans l'équipe où je travaille au CRD le Virage, nous sommes 7 intervenants pour couvrir les demandes et tous les besoins de la population en dépendance en 2e ligne sur territoire de la Haute-Yamaska et de Brome-Missisquoi.

Aucune ouverture de poste additionnelle n'est prévue. On parle depuis dimanche des problématiques de santé mentale, mais n'oublions pas les troubles concomitants, c'est-à-dire les problématiques de santé mentale et de dépendance. La plupart de nos usagers présentent la double problématique.

Le manque de ressource, c’est aussi dû à un manque de création de nouveaux postes. Le réseau de la santé ne reconnaît pas l'expertise des sexologues ou des criminologues. Lorsqu'il y a des affichages de remplacement ou de postes, la plupart sont ouverts seulement pour les travailleurs sociaux et les psychoéducateurs. Les sexologues et les criminologues sont aussi des experts en relation d'aide pour intervenir auprès des gens présentant des problèmes de santé mentale ou de dépendance. Pour ma part, je suis agente de relations humaines (j’ai une formation en sexologie et une maîtrise en administration publique pour gestionnaires).

Agente de relations humaines (ARH) est un titre d’emploi qui regroupe toutes les professions de relations d'aide (travailleur social, psychoéducateur, psychologue sans doctorat, criminologue et sexologue). Il n'y a pas d'ouverture additionnelle dans le réseau de la santé pour les travailleurs qui sont déjà à l'emploi. Nous sommes sur des remplacements, on nous déleste pour aller combler des besoins dans d'autres services délaissant notre case load de 30 à 40 usagers qui se retrouvent sans intervenant pivot pour leur dossier.

Il est difficile de répondre aux besoins de la population. Et plus que jamais avec la pandémie. Tous les jours, j'aide des gens qui ont des problèmes de dépression, d'anxiété, d'idées suicidaires, de toxicomanie et qui n'ont pas de médecin de famille, ni de psychiatre ou d'intervenant en santé mentale. La problématique de consommation est la pointe de l'iceberg et pour l'adresser et le régler, il faut comprendre les déclencheurs et soigner aussi la problématique de santé mentale.

Le ministre Lionel Carmant vient d'investir 100 millions en santé mentale, mais qu'en est-il de la dépendance? Est-ce que ce tueur à Québec avait une psychose induite par une substance?

Le programme de santé mentale et de dépendance doit travailler en complémentarité avec les services de 1ère et de 2e ligne. Le secret n'est pas juste d'engager des nouvelles ressources, mais d'outiller et former celles déjà en place et de favoriser l'attraction du personnel en créant des postes supplémentaires pour venir en aide aux équipes en place. Il faut aussi une stabilité d'emploi pour les remplaçants afin de répondre aux besoins de la population et leur offrir une stabilité dans leur suivi. Surtout en élargissant les titres d'emploi pour des postes pas uniquement aux travailleurs sociaux et aux psychoéducateurs.

Nous n'avons pas besoin de faire partie d'un ordre professionnel pour aider, c'est notre métier et nous sommes qualifiés par notre baccalauréat. C’est à notre employeur de continuer de nous offrir la formation continue sur les meilleures pratiques en santé mentale et en dépendance. Personne nous questionne sur comment ça se passe réellement pour aider cette clientèle vulnérable.

Ces gens isolés et en détresse font la porte tournante dans les hôpitaux sans qu'on puisse leur donner des soins de 2e ligne à long terme dont ils ont besoin. Ce n'est pas seulement d'agir sur la crise, c'est de prévenir, guérir, comprendre et dès le jeune âge. Les gens qui ont des troubles mentaux et de toxicomanie sont démunis et notre système est malade pour soigner ces personnes. Ça fini par nous rendre nous aussi les travailleurs malades.

Katheryne Auclair

Agente de relations humaines au Centre intégré de santé er de services sociaux de la Monteregie-Ouest - Services externes de Granby