La nouvelle cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade
La nouvelle cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade

La référence à la race, un travers inquiétant

LA VOIX DES LECTEURS / La rue au Québec, à Montréal, à Trois-Rivières comme à Paris, Londres et à plusieurs autres endroits dans le monde, dénonce le racisme évident d’un policier, appuyé par trois collègues, qui a étouffé à mort avec son genou, en pleine rue et à la face du monde entier, un noir déjà arrêté, menotté et par terre, en fait une personne, George Floyd.

Ce nouvel exemple du racisme américain meurtrier, hérité de l’esclavagisme et de la ségrégation — ce péché originel de l’Amérique comme le disait récemment Barak Obama — qui s’étale encore une fois au grand jour explique cette colère mondialisée.

Un Trump avec la Bible en main devant l’église des présidents, qui menace de mettre fin à cette volonté de justice manifestée par la rue en faisant venir l’armée et surtout, en ne démontrant aucune compassion pour la victime et sa famille, et encore moins pour la communauté noire américaine, démontre qu’il n’est pas le président qui apaisera les tensions et qui mettra à genou cette Amérique devant sa bible pour que celle-ci se repente de son péché et adopte les lois nécessaires pour éradiquer son racisme endémique.

Pendant ce temps au Québec, la rue profite aussi de l’occasion pour forcer un examen de conscience chez nous quant au comportement de nos policiers et à leur tendance au profilage raciale. La police de Montréal a répondu qu’une plus grande attention serait portée à ce phénomène. Elle devra agir rapidement et de façon significative. Le premier ministre quant à lui a signifié qu’il n’y a pas au Québec de racisme systémique, mais que le phénomène est préoccupant.

En effet, depuis l’abandon des spectacles SLAV et Kanata, à l’été 2018 pour, soi-disant, des motifs d’appropriation culturelle, la référence à la race a encore repris du service renforçant ainsi le concept douteux de profilage racial qui devrait plutôt être qualifié de communautaire. Celui-ci a été, en effet, renforcé par les manifestants qui se sont opposés à ces démonstrations artistiques parce que les acteurs et actrices n’étaient pas de même race, disaient-ils, que les personnages qu’ils devaient incarner sur scène.

Depuis, cette référence à la race revient au Québec de façon récurrente et je la juge malsaine et inquiétante. Le plus bel exemple est venu de l’émission 24/60, alors qu’Anne-Marie Dussault recevait Dominique Anglade à la suite de sa nomination à titre de nouvelle cheffe du Parti libéral. Bien qu’il s’agisse d’une personne métissée, elle eut ces mots: « Vous êtes la première femme et la première noire à occuper un tel poste...», ce qui a été accueilli par l’intéressée avec un sourire énigmatique tenant autant de la complicité que du malaise.

Cette référence à la race est, en effet, des plus douteuse et n’augure rien de bon. Les races ont été au coeur de la Deuxième Guerre mondiale, laquelle a fait plus de 50 millions de morts. La Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies de 1948, dans le but d’installer dans le monde les meilleures conditions de paix, avait complètement évacué cette référence malsaine. Son article 2 débutait d’ailleurs ainsi : «Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamées dans la présente Déclaration, sans distinction aucune de race, de couleur, de sexe, etc.» Et toutes les chartes nationales qui en ont été inspirées ont fait de même en mettant comme au Québec la personne humaine et sa dignité au coeur de la vie collective.

J’aimerais donc rappeler l’esprit de cette Charte et dire qu’il aurait mieux valu qu’Anne-Marie Dussault accueille Dominique Anglade avec ces mots: «Vous êtes la première femme élue à la tête du Parti libéral, et une personne différente, peut-être est-ce un atout pour vous... non?»

En terminant, dans ce contexte trouble, je pose cette question: quand nous donnerons-nous au Québec enfin une Déclaration d’identité commune et rassembleuse ?

Denis Forcier 

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