La prévention : moteur de la relance économique au Québec

LA VOIX DES LECTEURS / Durant le confinement et en période de retour graduel à une vie dite normale, la santé demeure notre plus grande richesse individuelle et collective. En effet, le développement socioéconomique et la prospérité d’une société reposent essentiellement sur les bras, le savoir et la compétence de ses citoyens, qui doivent conséquemment être en bonne santé.

Avant la COVID-19, nous combattions déjà la fulgurante épidémie des maladies non transmissibles liées au mode de vie et à notre environnement. Ces maladies que nous créons individuellement et collectivement, majoritairement évitables, créent des souffrances et grugent la plus grande part des coûts de notre système de soins. Ce dernier s’effondre, comme ses travailleurs d’ailleurs, sous la pression. La COVID-19 n’est que la goutte qui a fait déborder un vase déjà trop plein.

Un constat s’impose : on investit trop peu dans la prévention. Depuis des années, la santé publique, soutenue par des milliers de professionnels de la santé, d’organismes et de citoyens, plaide l’urgence d’investir davantage en prévention des maladies chroniques évitables, afin de diminuer la pression économique grandissante sur les soins de santé. Pourtant, le nombre de cas croît et la facture des soins de santé ne fait qu’augmenter. Quand mettrons-nous l’énergie et les ressources suffisantes pour aplatir la courbe des problèmes cardiovasculaires, du diabète, des cancers et des autres maladies sur lesquelles nous avons le pouvoir d’agir par des environnements plus sains ? Quand cesserons-nous de banaliser toutes ces morts et ces souffrances évitables ? Depuis mars, nous l’avons pourtant amplement répété : derrière les statistiques, il y a des vies humaines. Il n’est plus acceptable de réserver uniquement des miettes du budget de l’État à la prévention.

Parlons (gros) chiffres !

Pour parvenir à réduire les maladies, il faut se pencher sur leurs causes. Par exemple, saviez-vous que, chaque année, le tabagisme nous coûte au moins 4 milliards de dollars, l’obésité a un impact économique de près de 3 milliards de dollars et la consommation d’alcool ajoute un fardeau estimé à 3 milliards de dollars? Et ce n’est que la pointe de l’iceberg.

La prévention n’est pas qu’une question d’éthique et de bon sens. C’est aussi une question économique qui vaut des dizaines de milliards de dollars. Chaque dollar investi en prévention est payant. Selon les interventions, le retour sur l’investissement varie entre 2 $ et 20 $ pour chaque dollar investi. Avons-nous beaucoup de placements aussi payants au Québec ? Pourquoi sommes-nous si hésitants à prendre un véritable virage vers la prévention ?

Au nom de la prospérité du Québec, l’Association pour la santé publique du Québec exhorte de placer la prévention et la promotion de la santé au cœur de toutes les décisions et politiques publiques. Pour son avenir, le Québec doit investir dans des actions de prévention, de promotion de la santé ainsi que dans la recherche et l’évaluation permettant notamment de détecter les problèmes de santé émergents. Donnons-nous ensemble les moyens de bâtir un projet social et économique basé sur la santé durable par la prévention.

Lilianne Bertrand

Présidente de l’Association pour la santé publique du Québec