La plate province

Jonathan Gagnon
Jonathan Gagnon
La Voix de l'Est
LA VOIX DES LECTEURS / Nos plaques d’immatriculation , on ne s’en souvient presque plus, ont porté le slogan «La Belle province» de 1963 à 1978, lequel a été remplacé par notre devise, le «Je me souviens», à l’apparence moins coloniale selon son promoteur Denis Vaugeois, alors ministre de la Culture dans le premier gouvernement Lévesque. Le «Je me souviens» fait référence aux héros de notre histoire.

Depuis la perte du référendum de 95, nos héros de l’heure sont devenus fatigués ou ont pris leur retraite. Les Yvon Deschamps , Lucien Bouchard, en particulier, eux, ont dit ouvertement après cette défaite qu’ils ne croyaient plus que la souveraineté du Québec adviendrait de leur vivant. Ce fut la cerise sur le sundae. Parce qu’il s’en était suivi d’abord une grande déception et tristesse pour les 60 % de francophones qui avaient opté pour le «Oui».

La conséquence de ce référendum perdu et de ses suites fut sans doute pour toute la jeunesse d’engendrer chez elle un vide mental quant à la nécessité d’entretenir et de poursuivre le rêve d’une possible nation québécoise indépendante , reconnue et respectée de par le monde. Et depuis, elle assiste, impuissante, à son délitement au nom du multiculturalisme canadien constitutionnalisé en 1982, et ce, dans le dos du Québec. Elle constate aussi que, capitalisant sur la culpabilité des Canadiens, tant les gouvernements libéraux que l’actuel gouvernement caquiste ne cherchent plus à combattre ce régime, mais à en tirer des avantages administratifs en jouant les téteux ou les pragmatiques, en particulier dans le domaine de l’immigration et de la langue française. Bref, pas de quoi être très fiers quand on est de la génération X, Y et bientôt Z. Dans ce contexte d’une plate province au Canada, comment être motivée à se souvenir de nos héros, morts ou fatigués ?

Les États-Unis et le monde sont plus intéressants, même s’il faut pour y avoir accès maîtriser la langue anglaise, qui devient la langue d’habitude pour se connecter à cet univers tout autour du Québec, un univers qui peut intéresser et même fasciner notre jeunesse en l’absence de plus en plus d’une fierté nationale québécoise, en l’absence d’un Québec fort et respecté de par le monde.

D’ailleurs, nos médias, en particulier Radio-Canada, participent à ce désintérêt pour le Québec. Il est hallucinant de remarquer qu’Anne-Marie Dussault aura consacré 28 heures de temps d’antenne à son émission 24/60 à couvrir les deux conventions américaines, démocrate et républicaine, et 30 secondes pour souligner, le 26 août, que la course à la chefferie du Parti québécois était malheureusement tombée dans l’oubli, en dépit du premier débat entre les candidats qui se tenait justement ce même soir.

Pourtant, ce parti, faut-il le rappeler, a eu ses héros — les Lévesque, Laurin, Parizeau — et il eût été appréciable qu’une couverture de cette course, le «Je me souviens oblige», prenne un peu de temps d’antenne à Radio-Canada. Il est à espérer qu’Anne-Marie Dussault fasse au moins une émission de deux heures à son 24/60 à ce sujet prochainement. Histoire de démontrer que le Québec n’est pas qu’une plate province canadienne, mais qu’il peut apporter au monde son génie propre, celui d’une nation, et ce, malgré que le combat pour son respect soit toujours à reprendre par d’autres éventuels héros nationaux.

Cette course à la chefferie, la seule en temps de pandémie, celle du Parti libéral ayant avortée, mériterait une couverture radio-canadienne parce que les Nantel, St-Pierre Plamondon et Gaudreault souhaitent un référendum sur l’indépendance dans un premier mandat d’un gouvernement du Parti québécois, tandis que Bastien s’en abstient, préférant tenter d’abord une négociation pour réformer le régime fédéral .

Il s’agit là des deux options qui sont au coeur de notre histoire québécoise et canadienne depuis fort longtemps. Ne mériteraient-elles pas un peu de temps d’antenne à la télévision de Radio-Canada, d’autant plus qu’Anne-Marie Dussault saurait, certes, animer bellement cette émission selon son habitude ?

Denis Forcier,

Shefford