La petite histoire de la liberté qui rencontre le masque

LA VOIX DES LECTEURS / Je suis libre ! Ah la liberté, que de salive et d’encre elle fait couler! Le masque l’étoufferait-il ?

Dans la vraie vie, sa liberté, on ne l’exerce jamais dans une espèce d’absolu, mais toujours dans un contexte. Libre de construire ma maison, mais seulement où le zonage le permet, et en respectant les normes. Libre de crier, mais pas à des funérailles ou sur mon lieu de travail. Libre de conduire mon auto, mais seulement à droite et à une certaine vitesse. Libre de faire le métier qui me va, mais je dois passer les examens requis et respecter le code d’éthique.

Un peu d’histoire. Presque tout est maintenant règlementé. Ça s’appelle la civilisation. Un vernis, bien mince, que l’humanité a progressivement trouvé bon d’appliquer sur l’homme des cavernes dans le but de rendre la vie sociale possible, de prolonger l’espérance de vie, pour le bien commun. Avant la civilisation : la liberté totale! Chacun sauve sa peau, et ceux qui ont les plus gros muscles ont toujours raison. Petits Muscles a vite compris qu’il était dans son intérêt de rentrer dans sa caverne quand Gros Muscles se promenait à l’extérieur. Belle époque où les muscles procuraient la liberté.

La civilisation s’est développée en se complexifiant : science, technologie, spécialisation des métiers. La connaissance, le droit, et les institutions remplacent les muscles. La démocratie cherche l’équilibre entre le bien individuel et le bien commun. Plus compliqué, mais mieux qu’une dictature.

Mais la liberté vient en trio, avec la connaissance et les conséquences. C’est ici qu’elle rencontre le masque.

Pas de liberté sans connaissance des causes et d’effets du choix. Si, par malheur, on n’est pas épidémiologiste, il faut choisir d’informer son ignorance. Heureusement, la civilisation a aussi rejoint le monde de l’information : des scientifiques et des médias d’information professionnels, où des journalistes accrédités respectent les normes reconnues et validées.

Fermer les yeux, prononcer la formule magique : «mes recherches», c’est écouter n’importe qui, donc n’importe quoi. C’est revenir aux histoires de sorcières et imiter le comportement des sociétés d’avant la science, qui ont livré par ignorance des millions de personnes aux pandémies. Et l’ignorance n’est pas un droit.

Le dernier membre du trio: la liberté vient avec des conséquences. On est libre de choisir de ne pas se faire fouiller à l’aéroport; on choisit aussi de ne pas prendre l’avion.

On est libre de croire n’importe quoi, pas libre de faire n’importe quoi. Est-ce la dictature? Non. C’est la démocratie du bien commun qui s’oppose à la dictature de l’ignorance et du nombrilisme. Ce n’est pas un problème de liberté. C’est un conflit de valeurs. L’amende est un outil de santé publique.

Pierre Paul Gingras

Granby