La nation québécoise à bout de souffle

LA VOIX DES LECTEURS / Le sauve-qui-peut est peut-être en train de devenir un trait caractéristique du Québec actuel.

La pandémie l’illustre particulièrement. Parce que les frontières terrestres et aériennes n’ont pu être fermées à temps, leur contrôle appartenant au fédéral, le gouvernement du Québec a dû faire au mieux dans les circonstances pour actualiser un confinement plus qu’urgent. Mais trop tard, le virus avait pris de l’avance. Il s’était même introduit malicieusement dans les CHLSD profitant, sauf exception, de la mauvaise gestion de ces établissements qui ont été trop lents à prendre les mesures nécessaires, faute d’équipement et de personnel stable, bien dirigé, mais surtout payé à la hauteur de l’importance de leur tâche sur le plan du maintien de la santé de nos personnes les plus vulnérables.

Dans ces circonstances, après avoir supplié les médecins spécialistes disponibles d’intervenir en ces lieux afin qu’ils apportent leur aide, mais sans le succès escompté, faut-il le rappeler, le gouvernement a dû, en panique, faire appel à l’armée canadienne pour éviter une totale catastrophe, actualisant ainsi de façon humiliante le nécessaire sauve-qui-peut québécois, bien qu’il faille remercier le personnel de l’armée qui a su faire une différence appréciable pour la suite des choses.

En dépit des efforts remarquables du premier ministre Legault dans la gestion de ce sauve-qui-peut, le Québec figure tout de même comme la province au Canada qui a compté, à ce jour, le plus de morts au prorata de sa population, ce qui n’est pas rien, étant donné qu’il se situe même au rang des pires nations dans le monde pour le contrôle de cette pandémie.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, voilà qu’en pleine pandémie, à la suite de la mort de Georges Floyd et de ses suites, le Québec est accusé par des manifestants, et souvent en anglais, de « racisme systémique », de faire systématiquement de certains de ses citoyens des citoyens de second rang, en particulier les Noirs, les gens de couleur, les personnes qui affichent leur religion publiquement. Encore courageusement, François Legault a refusé que ce concept s’applique au Québec, y voyant une lecture injuste, et avec raison, du Québec autant historique que moderne.

Après ces accusations de racisme, voilà qu’il doit encore réagir en manifestant sa stupéfaction à la suite des révélations d’une enquête menée par l’Office de la langue française révélant que la loi 101 n’est pas respectée quant à son article 46 faisant du français la langue de travail au Québec. Et c’est toute la grande région de Montréal qui contrevient à cette loi fondamentale, de façon flagrante, en obligeant la maitrise de l’anglais pour le travail tant dans les entreprises que dans les municipalités ou arrondissements. Excédé, il a promis que la loi 101 serait révisée en conséquence. Donc, un autre sauve-qui-peut confié à son ministre Jolin-Barrette pour l’automne.

Mais à gérer depuis 5 mois ce sauve-qui-peut à plusieurs niveaux, le premier ministre est peut-être de plus en plus, lui-même, à bout de souffle. Son gouvernement également, et ce, à l’image de la nation québécoise, qui est en train peut-être de perdre ses derniers ressorts de résilience, si tant est qu’elle en eût encore. L’oubli de notre drapeau lors de la fête nationale illustre en effet une certaine distraction mentale nationale. Il faut ajouter que la loi 21 sur la laïcité adoptée le 16 juin 2019, au prix du retrait du crucifix de l’Assemblée nationale le 9 juillet suivant, avait déjà changé les paramètres traditionnels de l’identité nationale, soit une foi et une langue, tels qu’illustrés justement par le fleurdelisé. Que reste-t-il au fond de notre identité nationale ? Il faut l’admettre honnêtement, pas grand-chose sauf la langue française, mais en perte tragique d’influence et de respect, et un État provincial en manque de moyens, et surtout de pouvoirs pour conduire un peuple, courageusement, à l’accomplissement de sa destinée, si toutefois il lui en reste une.

Devant l’urgence pour notre nation de reprendre son souffle pour retrouver son chemin, il me semble que tous les partis de l’Assemblée nationale devraient se concerter pour regarder ensemble dans la même direction, celle de retrouver, urgemment, notre pleine dignité nationale. Pour y arriver, je propose que, dès l’automne, François Legault dépose un projet de loi visant à doter le Québec d’une Constitution nationale formelle avec en préambule une définition renouvelée et inclusive de notre identité, assortie de nécessaires pouvoirs souverains, en particulier, en matière de langue, de culture/information, d’immigration et d’environnement. Et que dans un deuxième temps, une fois adoptée et son contenu le prévoyant, une demande soit faite à Ottawa afin que cette Constitution québécoise puisse être intégrée, telle quelle, dans la Constitution canadienne avant 2022,et ce, de plein droit, et en toute égalité nationale Québec-Canada, et en partenariat avec les premières nations.

En cas de refus ou d’atermoiement du fédéral et des Canadiens, que tous les partis de l’Assemblée nationale conviennent de faire du Québec un pays indépendant suivant un référendum, peu importe le parti au pouvoir, et qui poserait la question suivante aux Québécois : voulez-vous que le gouvernement du Québec déclare unilatéralement l’indépendance de notre nation dans les trois mois à venir ?

Si François Legault osait mettre en route un tel projet national et recueillait, il faut l’espérer, l’assentiment de tous les partis de l’opposition, il connaitrait certes, personnellement, un second souffle politique, tout en procurant une vigueur renouvelée à notre nation, en la qualifiant enfin de pluri-uni-culturelle (1) et qui, à nouveau, pourrait faire la fierté de tous les Québécois et Québécoises. Retrouvant ainsi toute notre résilience nationale, c’est certes avec un courage et un espoir assuré qu’il pourrait, avec eux et elles, affronter à nouveau une possible deuxième vague de la covid-19.

Et si l’utopie était maintenant la solution, la seule restante, pour vraiment reprendre notre souffle comme peuple, je la propose ici à titre de simple citoyen.

(1) En effet, de plus en plus plurielle, de plus en plus unique et unie, de plus en plus d’une même culture, et voulant faire histoire ensemble.

Denis Forcier

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