Si l’image guerrière ne sied guère à la pandémie, quel avantage peut être tiré de son utilisation?
Si l’image guerrière ne sied guère à la pandémie, quel avantage peut être tiré de son utilisation?

La métaphore de la guerre est-elle judicieuse ?

LA VOIX DES LECTEURS / Loin de moi l’idée de juger l’excellent travail des autorités gouvernementales, mais c’est avec un certain malaise que j’ai appris que les Québécois.e.s se retrouvent en «guerre» contre un «ennemi» invisible.

Par définition, un virus ne peut aucunement représenter un «ennemi», du moins littéralement. Il n’a aucune conscience et n’élabore aucune tactique. Or, les conflits armés visent essentiellement à obtenir, par la force, des ressources. Certes, des guerres perçues comme justes peuvent se produire. La Seconde Guerre mondiale illustre ce rare cas de figure.

Si l’image guerrière ne sied guère à la pandémie, quel avantage peut être tiré de son utilisation? L’objectif de cette stratégie (reprenons le vocabulaire militaire) communicationnelle consiste à créer un esprit collectif orienté vers un but bien déterminé. Dans notre contexte actuel, il s’agit de participer à une entreprise commune. Reconnaissons le versant positif de cette image. Par contre, cela peut se répercuter sur les dynamiques démocratiques. La rhétorique belliciste favorise sans doute l’écrasement de la courbe de contagion, un but fort louable, mais risque également d’aplatir tout esprit critique.

Il importe de le maintenir, car des angles morts surgissent indépendamment de la bonne volonté des actrices et acteurs de la scène politique. Par exemple, à ma connaissance, aucune interrogation n’a été posée concernant les étudiant.e.s étranger.gère.s. Plusieurs ne correspondent pas aux critères établis des programmes d'urgence destinés au citoyen.ne.s ou aux résident.e.s permanent.e.s.

Si certain.e.s sont rapatrié.e.s dans leur contrée d’origine, ce n’est manifestement pas le cas pour un grand nombre. Quelles mesures les diverses instances élaboreront-elles pour les soutenir? Autre exemple : qu’arrive-t-il aux artisan.ne.s culturel.le.s ne cadrant pas dans les paramètres normés? Hormis le palier fédéral qui a proposé des éléments pour leur venir en aide, le gouvernement du Québec n’a émis aucune annonce, à tout le moins publiquement, tant pour les arts que pour les étudiant.e.s étranger.gère.s. Dans cette perspective, les médias traditionnels jouent leur rôle primordial de quatrième pouvoir. Leur travail, dans une situation ardue, est à saluer.

La COVID-19 dévoile, entre autres, la violence structurelle de nos sociétés envers les personnes exclues et ostracisées. Je souhaiterais que la présente crise puisse engendrer un imaginaire de paix et de non-violence, qui faciliterait la mise au monde d’un autre type de civilisation, comme le souligne Sheikh Hasina, une femme politique bangladaise : « La paix est sans aucun doute à portée de main, mais pas sans une culture de la paix, pas sans une justice et une égalité sociales et économiques. La misère doit être éliminée ainsi que les infortunes qui l’accompagnent. Nous devons respecter la dignité humaine. Nous ne pouvons tolérer qu’un seul homme ou qu’une seule femme, sans parler des enfants, ne vive en situation dégradante et dans des situations qui l’écrasent » (70 Citations pour la paix). 

Il s’agit sans doute d’une voie d’espérance pour nous toutes et tous.

Patrice Perreault

Granby