La mémoire est une faculté qui oublie

Une fois de plus la démonstration nous est faite que la mémoire est une faculté qui oublie. La mémoire est défaillante, plus particulièrement dans notre merveilleux monde politique. Le député de Brome-Missisquoi, qui siège depuis plus de trente ans à l'Assemblée nationale, craint un camouflage budgétaire et un budget préélectoral de la part du gouvernement de Pauline Marois. À écouter ce vétéran de la politique québécoise, ça serait une première dans les annales politiques du Québec. Un gouvernement au pouvoir qui fait des annonces ayant des saveurs électorales, est-ce possible?
Selon la déclaration du député de Brome-Missiquoi qui a été membre d'un gouvernement au pouvoir pendant 17 ans depuis qu'il est député; nous pourrions conclure que jamais les gouvernements de Robert Bourassa ou de John James Charest n'auraient fait une chose pareille. Jamais ces gouvernements n'auraient trafiqué les chiffres pour amadouer un électorat crédule. Chanceux, nous vivons un moment historique.
Il est malheureusement dans les moeurs politiques, pour tous les gouvernements, de faire ainsi. Sur l'autre rive de la rivière des Outaouais, notre Canadian Prime minister ne planifie-t-il pas déjà sa distribution de bonbons pour l'élection d'octobre 2015. Tous les commentateurs prévoient une orgie de cadeaux de toutes sortes lors du prochain budget conservateur en février ou mars 2015, à quelques mois du déclenchement d'une élection. Le hasard fait bien les choses, surtout lorsque ce même gouvernement a les deux mains sur le volant. "Business as usual" diraient nos cousins Français.
Promesses, engagements, subventions de toutes sortes: une route à gauche, un pont à droite, une rivière au centre, un hôpital en ville, un centre d'accueil pour les "p'tits vieux" à Saint-Honoré des Pompons, des baisses de l'impôt, c'est la réalité que nous font vivre TOUS les partis politiques. Qui plus est, c'est la méthode universelle d'appâter les citoyens en âge de voter.
Tous les partis, toutes couleurs confondues, ont sensiblement la même approche: un peu plus fédéraliste, un peu plus souverainiste, le tout baignant dans une sauce nationaliste modérément épicée et c'est parti mon kiki. Et la règle de l'alternance fait son oeuvre: 7-8 ans d'une sauce péquiste suivie d'une sauce libérale à Québec et 7-8 ans d'une sauce conservatrice suivie d'une sauce libérale à Ottawa. "Un Québec indépendant dans un Canada fort", nous disait Yvon Deschamps. À droite à Ottawa et un peu à gauche à Québec. C'est le mode d'emploi que nous vivons depuis 60 ans et il semble nous satisfaire.
Par contre, la population est toujours en attente d'un quelconque renouveau, d'une nouvelle équipe du tonnerre qui saura nous amener plus vite, plus loin, plus haut, mais on ne sait trop où. Force est d'admettre que des Jean Lesage ou des René Lévesque sont une race en voie de disparition comme le panda en Chine, le guépard asiatique ou la panthère de Floride. En lieu et place, nous avons droit à des pee-wee qui scorent dans leurs propres filets. C'est sans parler des éventuels sauveurs que la population importe des autres paliers. Ce recyclage politique est la plupart du temps décevant et augmente la désillusion citoyenne. Ça fait aussi partie du mode d'emploi.
Tout compte fait, l'actuel gouvernement ne fait qu'appliquer la recette des gouvernements précédents. Et un qui devrait bien connaître la recette, c'est bien le député de Brome-Missisquoi. L'oubli est une condition indispensable à la mémoire, disait je ne sais trop qui, ah la maudite mémoire!
Bernard Fournelle
Granby