La loi 21 et la place de la religion

LA VOIX DES LECTEURS / Le texte de Marie-Ève Martel paru dans La Voix de l’Est du 27 juillet dernier a remis les pendules à l’heure en apportant des précisions intéressantes et, surtout, en cherchant à limiter les dégâts sociaux que peut susciter l’adoption de la loi 21.

Il est nécessaire de préciser que la loi 21 n’a pas laïcisé les structures gouvernementales. L’absence de signes religieux visibles ne change absolument rien aux structures gouvernementales et encore moins aux services offerts par la fonction publique.  

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Pourquoi, demande Mme Martel ? « Parce que les services publics gouvernementaux sont normés de façon à ce que tout le monde ait droit à un service courtois, de qualité et répondant aux exigences des programmes pour lesquels ils existent». 

Dans les faits, la loi 21 ne change rien ni aux structures ni aux services. Tout était déjà organisé dans la neutralité et l’impartialité depuis le début des années 60. La loi 21 n’a pas non plus confiné la foi à la sphère privée. Comme l’écrivait Patrice Perreault dans une lettre parue le 31 juillet dernier dans Le Devoir, la loi 21 « limite le port de signes religieux aux heures de travail pour certaines catégories de fonctionnaires notamment le corps enseignant au primaire et au secondaire de l’école publique ». 

C’est vraiment très mal comprendre la loi 21 que de penser que celle-ci confine le religieux dans le privé. Comme l’écrit M. Perreault : « cette loi à l’exception du personnel visé par les prohibitions, n’entrave aucunement le port de signes religieux sur la place publique ».

Mme Martel rappelle que « la liberté de religion est une des libertés fondamentales garanties tant par la charte canadienne que son pendant québécois ».

Or ce rappel permet de faire un lien avec la lettre de Marie-Hélène Gagnon publiée dans La Voix de l’Est du 15 juin dans laquelle elle se demandait «pourquoi devrait-on accorder une place à la religion dans notre société?» 

Bien sûr, Mme Gagnon rappelait, non sans raison, toutes les vicissitudes engendrées par les religions, mais, la laïcité est justement le contrat social qui a permis aux croyants de tout acabit de vivre en harmonie tout en exerçant les pratiques propres à leur religion. La laïcité n’est pas une guerre ou une forme de persécution du monde religieux. Nous devons reconnaître un fait bien réel: des milliards de personnes appartiennent à des religions différentes et les gouvernements, dans une attitude neutre et impartiale, doivent mettre en place des règles qui permettent à tout le monde de vivre en harmonie dans la diversité de ses croyances. Et ces règles doivent absolument exclure toute forme de discrimination et d’exclusion. 

Quand une loi légalise la discrimination et l’exclusion, elle envoie un message très ambigu. Un message que les personnes hostiles au monde religieux et, surtout, au monde religieux visible interprètent mal. Certains, comme l’explique M. Perreault, pensent que « la loi 21 confirme l’interdit du religieux dans la sphère publique ». 

Or il n’en est rien. La liberté d’expression de la foi dans la sphère publique a tout simplement été égratignée très arbitrairement par la loi 21.


André Beauregard

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