Des employés de La Voix de l'Est ont notamment participé à la guignolée des médias la semaine dernière.

La guignolée, et puis après ?

LA VOIX DES LECTEURS / La traditionnelle guignolée des médias s’inscrit chaque année dans l’esprit des fêtes des Québécoises et Québécois. L’arrivée du temps froid et des préparatifs de Noël ramènent avec eux l’appel à la générosité et aux gestes de charité. Durant cette période, on s’émeut pour ces familles qui peineront à offrir des cadeaux à leurs enfants et à garnir leurs assiettes le soir de Noël. Encore une réussite cette année. La guignolée a déjà permis d’amasser près de 2 000 sacs d’épicerie qui seront distribués dans différents organismes venant en aide aux moins bien nantis.

Décembre et ses coutumes d’abondance donnent envie que tous puissent vivre ces mêmes moments de festivité, mais la réalité d’une famille en situation de vulnérabilité financière représente une souffrance quotidienne. Bien qu’un panier de Noël bien garni puisse aider des familles, les denrées qu’elles y retrouveront ne seront peut-être pas celles qu’elles auraient choisies. Si l’on peut se réchauffer le cœur en constatant que la population québécoise est encore une fois généreuse, on doit aussi porter attention au fait que ce sont 1,9 million de demandes d’aide alimentaire qui sont effectuées chaque mois au Québec. Les dons et le dépannage alimentaire sont, malheureusement, le résultat de l’échec de nos gouvernements à garantir le droit de vivre dans la dignité à tous les Québécois. 

Bien que nous vivions dans une société dite riche et progressiste, les programmes gouvernementaux restent largement insuffisants pour garantir le droit à l’alimentation pour tous; à preuve, un million d’enfants ne mangent pas à leur faim au Canada. 

Tandis que la guignolée des médias battait son plein, nous apprenions que le coût de notre panier d’épicerie augmenterait de 487$ par année en 2020, si on suit les recommandations du Guide alimentaire canadien. 

L’alimentation est, hélas, considérée comme une banale marchandise, subissant les lois de l’offre et de la demande, sans que les gouvernements n’interviennent. Ces derniers laissent plutôt les personnes en situation de pauvreté à la merci de la charité de leurs concitoyens.

Si les prix des produits frais les rendent de plus en plus inaccessibles, ils se retrouveront encore moins nombreux dans les comptoirs d’aide alimentaire. Principal témoin de l’inaction gouvernementale quant à l’application du droit à l’alimentation, le Regroupement des cuisines collectives du Québec et ses quelque 1300 membres à travers la province appellent aujourd’hui à la mobilisation et à la lutte pour le droit à une saine alimentation pour tous. 

Les actions de nos gouvernements doivent contribuer à bâtir une société dans laquelle la charité n’a plus sa raison d’être, et ce, même une fois Noël passé. 


Jocelyne Gamache

Coordonnatrice générale du Regroupement des cuisines collectives du Québec