La gérance capitaliste

L'humanité tout entière est gérée par le système capitaliste. Les gouvernements démocratiques ou totalitaires sont tout simplement les marionnettes du Marché.
Quand une entreprise voit ses revenus augmenter et sa cote en bourse monter, nous le savons tous, cela est le résultat d'une grande opération de réorganisation stratégique : augmentation de la cadence de travail, stagnation des salaires, mise à pied d'un pourcentage de travailleurs, augmentation des prix de vente. Tout cela est réalisé sous la menace d'une délocalisation. Devant ces virages aussi radicaux, la cote en bourse monte à une vitesse vertigineuse. Des résultats aussi faramineux ça se paie : augmentation fulgurante du salaire des patrons.
Quand un gouvernement vient se « péter les bretelles » avec un surplus de 2,5 milliards et que l'agence de notation Standard Poor's vient d'augmenter sa cote de crédit à AA-, il faut se poser des questions. Tous ces milliards de surplus viennent d'où ? Apparemment, une bonne gestion capitaliste se joue en deux temps : durant la période des vaches maigres, on coupe dans les services offerts aux personnes les plus vulnérables ; durant la période des vaches grasses, on baisse les impôts des personnes les mieux nanties. En d'autres mots, quand ça va mal, on appauvrit davantage les personnes démunies, quand ça va bien, on enrichit davantage les personnes qui « ont choisi librement et volontairement » de naître dans une situation favorable.
Les écarts entre les riches et les pauvres s'agrandissent à la vitesse grand V depuis le début des années 80 et en particulier dans les pays où le PIB augmente de façon sensible. On le répète depuis très longtemps : 10 % des citoyens les plus aisés possèdent 90 % des richesses. C'est scandaleux, mais on continue inexorablement à appuyer des partis politiques qui nous enfarinent avec les mêmes slogans : coupure dans les dépenses (services fondamentaux et essentiels) et baisse dans les impôts des plus fortunés (en plus de leur créer une foule de trucs légaux pour réduire leurs impôts). On coupe dans les services, on privatise les services, on tarifie les services pour être en mesure par la suite de baisser les impôts des mieux nantis. Et là, on se glorifie d'être de bon gestionnaire. Ça doit être vrai puisque Standard Poor's nous récompense.
Le Brexit, l'arrivée de Donald Trump et près de 60 % des Français qui ne sont pas allés voter aux législatives sont les conséquences directes de ce capitalisme axé totalement sur le profit des uns au détriment de la qualité de vie des autres.
Au Québec, la lutte entre les deux partis de droite que sont les libéraux du Québec et la Coalition avenir Québec sont la démonstration de notre incapacité à nous sortir de cet engrenage infernal. Mais nous sommes assez grands et lucides pour prendre nos responsabilités électorales et pour assumer nos actes. La démocratie, c'est ça, il faut vivre avec ça silencieusement, béatement, sereinement. En même temps, il faudrait éviter de voir la paille dans l'oeil américain et oublier le billot qui bouche les yeux québécois.
André Beauregard
Shefford