Le drapeau du Québec

La diversité et notre drapeau

La Voix de l'Est publiait le 21 septembre dernier un texte d'André­ Beauregard intitulé « Identité et diversité »­. Un texte fort bien écrit et pertinent. M. Beauregard­ y fait l'éloge de la diversité, laquelle maintenant, selon lui, définirait notre identité et il nous invite comme peuple ou nation à aller plus loin dans ce sens en profitant de l'ar­rivée récente, massive et inattendue, de migrants pour démontrer à cette occasion notre « évolution sociale et humanitaire.
Une source, écrit-il, illimitée d'enrichissement et de croissance pour chaque personne qui réside au Québec. » Alors, je lui dis : la diversité oui, mais attention, pas au détriment­ de l'unité de notre nation.
Coïncidence ou pas, La Voix de l'Est sur son site web a fait précéder son texte d'un beau drapeau du Québec et ce drapeau de tous les Québécois porte un message fort : l'identité québécoise est française et catholique. C'est, on en conviendra, assez loin de la diversité. Du moins pour l'instant ! À moins de réviser le message de notre drapeau.
Oui, le Québec, par nécessité, est ouvert à la diversité, encore faudrait-il que notre drapeau en témoigne pour que cette nouvelle réalité soit assumée et partagée, sans oublier l'histoire qui la sous-tend. Pas simple ! Mais il faut relever le défi. Je propose donc à M. Beauregard ma vision d'un éventuel drapeau québécois qui pourrait unir dans la diversité. Ce qui est à mon sens fondamental !
D'abord, je rappelle que ce magnifique fleurdelisé, placé enfin sur la tour du parlement en 1948, en remplacement de l'Union Jack, fut par son alliance de la croix chrétienne et de la fleur de lys royale sur fond azur, un renversement symbolique de l'ordre royal (rouge) anglais et anglican. Toute une victoire morale pour nous, Canadiens-­français à l'époque, après 188 ans de conquête anglaise, et je suis d'avis qu'il faut être fier ce drapeau, ne serait-ce que pour cette raison, mais tout en faisant évoluer­ sa symbolique.
En effet, selon moi, ce drapeau que des milliers de jeunes agitent à chaque année à la fête nationale exprime aussi « une modernité intemporelle et pacifique », car cette croix est d'abord universelle avant d'être chrétienne et ces fleurs de lys le sont également avant d'être françaises. J'ajouterais que le blanc, de la croix et des fleurs, est, comme chacun sait, le mélange de toutes les couleurs, et donc ce drapeau vu ainsi est celui de toutes nos cultures avec leur couleur propre. Sans compter que cet ensemble blanc, couleur de la paix, repose dans un bel équilibre sur le bleu azur, celui du ciel et de la mer, l'environnement le plus important pour l'humanité actuelle qu'il faut protéger à tout prix en privilégiant des valeurs de paix et de responsabilité écologique, ce qui est le fait du Québec­ d'aujourd'hui et surtout de sa jeunesse.
Par contre, il serait nécessaire de matérialiser cette symbolique universelle de notre fleurdelisé pour en cristalliser le sens et la portée par une déclaration d'identité explicite du peuple québécois. Ceci, pour éviter la dispersion et la division identitaire étant donné que nous voulons nous définir maintenant comme le dit M. Beauregard plutôt par la diversité. Et aussi, pour s'assurer de mieux converger plutôt que de trop diverger en ce qui concerne les intérêts vitaux du Québec.
Je souhaite donc que le gouvernement, le plus tôt possible, réunisse des représentants de tout le Québec pour écrire cette déclaration, disons, d'une vingtaine de lignes, laquelle, pourrait être intégrée dans une éventuelle Constitution québécoise, si celle-ci advient un jour comme elle pourrait l'être dans la Constitution canadienne si l'ouverture des Canadiens existait, ce qui n'est pas le cas actuellement.
Il est, selon moi, en effet, urgent de réunir par cette déclaration les « Néïcites » (les Premiers habitants soit les autochtones, puis les Anciens, francophones et anglophones) et les « Nélabas » (les plus récents habitants, disons de première et deuxième génération d'immigrants...) dans le but de nous reconnaître une identité commune, et qui soit aussi universalisée symboliquement par l'attribution à chacun de ces quatre sous-groupes d'un iris de notre fleurdelisé.
En effet, une note au bas de cette déclaration d'identité pourrait dire ceci : « Nous convenons ensemble, en tant que Québécois, que l'iris en haut à gauche du fleurdelisé est celui des Autochtones, en haut à droite, celui des francophones, en bas à gauche, celui des anglophones, et en bas à droite, celui des immigrants­ (es) récents. »
De plus, le drapeau lui-même devrait finalement être légèrement modifié. Je propose qu'au centre de la croix, à la verticale comme à l'horizontale, on étende légèrement la couleur blanche, en prenant sur le bleu, de façon à former un carré au centre duquel apparaîtrait un sigle, mais stylisé, formé de trois lettres L pour LIBERTÉ, F pour FIDÉLITÉ et P pour PARTAGE. En fait, apparaîtraient sur notre drapeau ces trois valeurs à la fois ancestrales et universelles, mais aussi de dialogue et de fraternité, nous assurant ainsi que la diversité souhaitée et de fait s'accroche clairement à nos racines profondes, celles de notre histoire et celles des valeurs qui nous unissent.
Note : les expressions « Néïcites­ » et « Nélabas » sont tirées de la lettre d'Antoine Baby publiée dans Le Devoir du 25 juin 2016.
Denis Forcier
Shefford