La culture sacrifiée une fois de plus

LA VOIX DES LECTEURS / En temps de pandémie, la santé de la population doit être protégée et le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) adhère aux mesures de la santé publique visant à prévenir la propagation du coronavirus. Cela étant dit et en tout respect, fermer musées, bibliothèques et autres institutions culturelles, en zones rouges, alors que les centres commerciaux peuvent demeurer ouverts nous semble toutefois complètement incompréhensible.

Dans les derniers mois, ces institutions ont fait la démonstration qu’elles pouvaient faire respecter les règles de distanciation sociale, de port du masque et de lavage des mains. D’ailleurs, aucune éclosion n’est liée à leurs activités, selon les informations dont on dispose, même en zone rouge. Les institutions culturelles ont déjà été durement frappées par le premier confinement. Les pertes à la billetterie, entre autres, font mal. Certains travailleurs se font menacer de mise à pied, d’autres ont vu leurs heures réduites, parfois à néant dans un secteur déjà malmené.

Malheureusement, il semble que la culture ne soit tout simplement pas une priorité pour le gouvernement. Alors que les dépenses de programmes du gouvernement québécois en culture représentaient 1,4 % du budget en 2000, elles n’atteignent plus que 0,9 % en 2020, selon la Coalition la culture, le cœur du Québec (CCCQ). À titre de comparaison, la part moyenne des dépenses en Europe s’élève à 2,2 %. Et comme si ce n’était pas suffisant, on impose maintenant cette fermeture en zone rouge... Une fois de plus, ce secteur est sacrifié et c’est une grossière erreur.

La culture plus importante que jamais

Alors que la santé physique et mentale des Québécoises et Québécois est vulnérable, le monde des arts et de la culture a un rôle de prévention et même de guérison essentiel à jouer. Certes, le personnel professionnel de ce secteur ne soigne pas de patients dans les hôpitaux. Néanmoins, l’Organisation mondiale de la santé a démontré, dans un rapport publié l’automne dernier, l’importance des arts pour la santé. Le document, qui a analysé plus de 900 publications à travers le monde, montre par exemple que les arts contribuent à lutter contre la douleur, à diminuer l’anxiété et à mieux gérer le diabète.

« Faire entrer l’art dans la vie de quelqu’un [...] nous donne une clé supplémentaire pour améliorer notre santé physique et mentale », a déclaré Piroska Östlin, directrice régionale de l’OMS pour l’Europe.

D’ailleurs, alors que l’économie est malmenée par la pandémie, le gouvernement aurait tort de négliger les retombées économiques du secteur culturel. Chaque dollar de production économique (PIB) en culture s’accompagne de 0,70 $ à 0,90 $ en production additionnelle dans le reste de l’économie, signale la CCCQ. L’organisme note aussi que chaque tranche de 100 millions $ dépensés en culture représente 1540 emplois, soit nettement plus que la moyenne des industries québécoises, soit 1030 emplois.

Si le gouvernement a réellement à cœur la santé de la population et de l’économie, il doit faire plus pour le secteur des arts et de la culture. C’est urgent!

Adi Jakupović

Secrétaire du SPGQ et responsable de la culture