La cigarette

Longue, blanche et bien roulée
Dans sa belle robe transparente
Son oeil de braise allumé
Séduit sa proie par de volutes attentes.
 
D'un geste nerveux, un quidam la saisit au corps
Et dans un baiser mouillé la mordille encore et encore
Il hume son affreuse puanteur, en avale le funeste venin
Se racle la gorge et cherche son souffle en vain et en vain.
 
Esclave de son emprise, il crâne et brave le sort
À trop jouer avec la mort, on finit par succomber
C'est là son unique promesse: tuer
Avoir ta peau, ton coeur, ton temps, aucuns remords.
 
Rassasié, il écrase dans un cendrier crasseux
Le mégot puant imbibé de crachat laiteux
Une trêve de quelques minutes, une allumette
Et le voilà qu'il s'offre une autre cigarette.
 
Dégueulasse.
 
Céline Massé
Granby