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Les événements de London, en Ontario, ont suscité une vague de tristesse et d’indignation au pays.
Les événements de London, en Ontario, ont suscité une vague de tristesse et d’indignation au pays.

Je suis London !

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LA VOIX DES LECTEURS / Au moment où le Canada tout entier vit dans la plus grande tristesse l’attentat lâche et haineux qui a décimé une famille musulmane marchant paisiblement dans les rues de London, il serait maladroit d’affirmer que les droits de la personne tels que décrits dans les chartes des droits et libertés individuelles adoptées par l’ONU, le Canada et le Québec doivent être mis en parallèle avec les droits de la majorité.

Tous les pays du monde, y compris l’Arabie Saoudite, la Chine communiste, le Brésil, la Birmanie, la Hongrie, la Pologne, la Turquie et combien d’autres, défendent avec une énergie incroyable leur souveraineté nationale et considèrent comme une ingérence totalement inacceptable tout commentaire déplorant le fait qu’ils ne respectent pas intégralement tous les droits humains décrits dans la charte de l’ONU. Et nous, Québécoises et Québécois sommes dégoûtés par ces actes de non-respect des droits humains qui bousculent la vie des croyants hindous ou musulmans ou sikhs ou chrétiens ou les membres des communautés LGBTQ.

Chaque pays se donne le droit de ne pas respecter intégralement les droits humains et justifie cette décision par le caractère distinct de sa société. Chaque nation applique scrupuleusement le principe du « Maître chez soi ». Les gouvernements dictatoriaux ont tendance à agir de cette façon sans aucune gêne; les gouvernements démocratiques à forte tendance populiste justifient leurs décisions en se cachant derrière une volonté populaire favorable à un nationalisme monochrome et une laïcité anti religion. Les tendances supposément républicaines ont beaucoup de difficulté à distinguer et à respecter la neutralité de l’État et la liberté de conscience des individus.

Quand un gouvernement provincial au Canada se donne le droit d’utiliser la « clause nonobstant » afin de déroger aux principes de la charte canadienne des droits et libertés, ça lui prend de bonnes raisons, de très bonnes raisons. Or, durant les travaux étudiant la loi 21, à la question « pourquoi » posée par Charles Taylor au ministre Simon Jolin-Charrette, celui-ci a été totalement incapable de bien répondre. En fait, il a répondu tout simplement que la population du Québec appuyait à 70 % cette loi. Au Moyen Âge, la population aurait probablement répondu à 90 % que Galilée avait complètement tort d’affirmer que la Terre tournait autour du soleil. Le ministre n’a jamais été capable de prouver que les signes religieux nuisaient à la collectivité ou pouvaient détruire la paix sociale. Il a tout simplement affirmé que la neutralité de l’État exigeait aussi la neutralité vestimentaire des fonctionnaires. C’était là une affirmation gratuite et fausse qui visait particulièrement les croyants de religions non chrétiennes; or, ceux-ci sont membres des minorités visibles au sein de la majorité caucasienne et chrétienne du Québec.

La « clause nonobstant » a pour objectif d’affirmer la suprématie du Parlement sur les décisions des tribunaux. Concrètement, elle empêche le pouvoir judiciaire normalement indépendant du pouvoir législatif d’infirmer ou de confirmer les décisions d’un gouvernement. Les contre-pouvoirs constituent pourtant une caractéristique essentielle d’une véritable démocratie. L’intégration de la clause « nonobstant » dans la loi 21 pour protéger les articles qui ouvrent la porte à la discrimination des minorités qui portent des signes religieux permet une attaque frontale aux droits humains les plus fondamentaux tout en bâillonnant les tribunaux. Voilà une démocratie bien malade.

André Beauregard

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