Une semaine a passé à la suite de la commémoration du 30e anniversaire du féminicide de Polytechnique. Il y a 30 ans, 14 femmes ont été tuées parce qu’elles étaient des femmes.

Je parle féministe !

LA VOIX DES LECTEURS / Une semaine a passé à la suite de la commémoration du 30e anniversaire du féminicide de Polytechnique. Il y a 30 ans, 14 femmes ont été tuées parce qu’elles étaient des femmes. Étant donné ce chiffre rond, nous avons eu la chance de voir plusieurs ministres fédéraux défiler sur nos écrans de télévision abordant fièrement leur ruban blanc (symbole de l’intolérance face à la violence faite aux femmes).

Andréanne Larouche, députée de Shefford du Bloc Québécois, a partagé un discours inspirant qui implorait la Chambre des Communes d’effectuer des gestes concrets pour contrer la violence faite aux femmes. Ces actes de prise de position sont salués.

Il est primordial de parler d’événements comme celui-ci pour sensibiliser la population, mais il est d’autant plus important de parler des autres féminicides qui ont lieu chaque année et plusieurs fois dans l’année. En 2018, l’Observatoire canadien du féminicide pour la justice et la responsabilisation a publié son rapport annuel rapportant qu’une fille ou une femme est tuée tous les 2,5 jours au Canada. Cela veut dire qu’un féminicide a lieu tous les 2,5 jours dans notre pays. C’est assez! Une seule victime, c’est déjà trop.

Même si on parle de plus en plus de la violence faite aux femmes, la menace est très présente et prend une ampleur telle qu’elle est encore méconnue à ce jour. Dans la manosphère (espace uniquement dédié aux hommes sur Internet), plusieurs mouvements misogynes s’enflamment afin d’inciter à la haine des femmes. L’une des communautés dangereuses créées dans cet espace est les «incels» (célibataires involontaires).

Se décrivant comme moins attirants que la moyenne des hommes, la base de leur haine part de l’inaccessibilité à obtenir des relations amoureuses ou sexuelles avec des femmes. Pour eux, elles sont intouchables étant donné qu’elles sont davantage attirées envers des hommes qui ne leur ressemblent pas et étant en haut de la pyramide de la masculinité hégémonique (des hommes beaux, grands, forts, virils et puissants).

Le mouvement des incels est considéré par plusieurs comme n’étant pas assez pris au sérieux, alors que le danger est réel. L’un des premiers cas recensés est justement celui de Marc Lépine. Plusieurs féminicides ont eu lieu parce qu’il y a une banalisation de la violence faite aux femmes. 

En tant que féministe, on se fait dire que nos luttes n’ont plus raison d’être, alors que nous devons faire face quotidiennement à des événements qui démontrent une dichotomie indéniable. Pensons à l’inégalité salariale entre les hommes et les femmes, qui est actuellement de 3$, le processus d’embauche qui peut être fort différent (non, ce n’est pas normal et c’est même illégal de se faire demander «Prévoyez-vous entamer votre famille sous peu?»), la charge mentale, la conciliation travail-famille souvent difficile, la nette vulnérabilité à vivre des violences sexuelles ou toute autre forme de violence parce qu’on est une femme, etc. 

Le mouvement féministe lutte depuis des années contre ces injustices. Malgré qu’il est considéré par certains comme étant désuet, il a encore sa place, un rôle à jouer contre les inégalités sociales homme-femme. Les insultes, les injures et les appels à la haine n’ont pas leur place et doivent être dénoncés collectivement. Ne restons pas passifs. Soyons des témoins actifs. 

Affirmons: je parle féministe!

Isabelle Corbin - Intervenante et agente de prévention et de communication au CALACS de Granby