Francine Laplante
Francine Laplante

J’ai horreur de me faire prendre en charge

LA VOIX DES LECTEURS / «Nous allons vous prendre en charge…» C’est la phrase que le médecin de l’hôpital Sainte-Justine nous a dite à mon conjoint et moi après nous avoir annoncé que notre fils avait un cancer agressif et qu’il fallait agir rapidement. Il y a de ces moments qui restent marqués à vie dans notre tête et notre cœur, même des dizaines d’années plus tard. Je me souviens m’être levée et lui avoir dit : «S’il y a une chose que j’ai en horreur, c’est de me faire prendre en charge!»

À cette époque j’étais vice-présidente aux finances d’une compagnie prospère, rien ne me faisait peur, je pouvais affronter le diable pour réussir et il était très rare que je ne trouvais pas de solutions aux milliers de problèmes qui se trouvaient sur mon chemin. Benjamine d’une famille de 12 enfants, j’ai appris très jeune qu’il ne fallait que compter sur soi-même pour survivre, et ce, coûte que coûte.

Après avoir absorbé le choc de la nouvelle, après avoir pleuré toutes les larmes de mon corps, je suis retournée auprès de mon fils, je l’ai pris dans mes bras et j’ai demandé à voir le médecin. Lorsqu’il est arrivé, je lui ai tendu mon fils et je lui ai dit : «Docteur, je vous le confie, guérissez-le et moi je vais être là pour l’aimer et le supporter toute ma vie.»

Ce fut la meilleure décision de ma vie : accorder ma totale confiance au monde médical. Attention! Durant les sept années qu’ont duré les traitements, j’ai posé des questions, je me suis informée, j’ai remis en doute des décisions médicales. Résultat? Nous sommes rapidement devenus une «équipe» qui avait comme seul objectif : la guérison de mon enfant.

Notre objectif a été atteint : mon fils est guéri et bientôt il sera à son tour papa. Il en a fallu des sacrifices, des doutes, des souffrances. Il y en a eu des moments de découragement et même des remises en question comme «Guérir, mais à quel prix?».

Aujourd’hui, je réalise à quel point la deuxième vie de mon fils est le fruit d’un travail d’équipe, car sans eux, mon fils serait décédé. Et sans l’amour de notre famille, le travail des scientifiques aurait été beaucoup plus ardu.

Il y a beaucoup de similitudes entre notre histoire et la pandémie que nous vivons actuellement. Avant d’être frappés de plein fouet nous-mêmes, nous n’avons aucune idée de l’ampleur du drame. Nous sommes forts, invincibles et tellement plus brillants et intelligents que la plupart des individus de la société.

On est peut-être parmi les meilleurs dans notre champ d’expertise, mais quand on ouvre la porte de la chambre de l’hôpital et qu’on voit son fils branché de partout, et bien on retombe assez vite dans la réalité de nos limites.

Alors aujourd’hui, je m’adresse à vous Monsieur, Madame, à vous qui refusez encore la réalité au nom de votre liberté, de votre jugement et de votre intelligence. Faites comme moi, allez faire une marche sur le chemin du gros bon sens, mettez votre égo de côté et laissez place à votre humilité. Portez votre masque et faites partie de la solution et non du problème.

Ce n’est pas se faire prendre en charge, mais plutôt prendre en charge nos responsabilités sociales intelligemment.

Francine Laplante

Fondatrice de Nez pour Vivre et mère de cinq enfants