On peut reconnaitre l'État d'Israël, on peut être l'ami d'Israël tout en critiquant certains de ses comportements.

Israël et Palestine: Canada, réveille-toi !

Malgré la condamnation de l'ONU et de l'Union européenne, depuis l'arrivée du président Donald Trump aux États-Unis, Israël continue, voire accentue la colonisation et la construction de logements dans les territoires occupés illégalement, et particulièrement à Jérusalem-Est. Cela correspond à une politique des « petits pas » pratiquée depuis des années et justifiée par la volonté de construire le Grand Israël, c'est-à-dire un État unique, juif, de la Méditerranée jusqu'au Jourdain. Volonté ou rêve contraire à la décision de l'ONU en 1947 de partager la Palestine historique en deux États démocratiques souverains, un État juif et un État palestinien : décision fondamentalement en faveur des Juifs après l'holocauste, tout en protégeant certains droits des occupants palestiniens (arabes pour la plupart).
Dès 1948, en effet, Ben Gourion­ affirme : « L'acceptation de la partition ne nous engage pas à renoncer à la Cisjordanie. On ne demande pas à quelqu'un de renoncer à sa vision. Nous accepterons un État dans les frontières fixées aujourd'hui, mais les frontières des aspirations sionistes sont les affaires des Juifs et aucun facteur externe ne pourra les limiter ». L'idée est réaffirmée par presque tous les premiers ministres, notamment par Menahem­ Begin en 1967 et surtout Benyamin Netanyahou depuis dix-huit ans. C'est d'ailleurs la base idéologique du Likoud, fondé en 1973. Sa plateforme électorale en 2006, puis en 2009, stipule encore très explicitement l'objectif suivant : « Le gouvernement d'Israël rejette catégoriquement l'établissement d'un État palestinien arabe à l'ouest du Jourdain. Les Palestiniens peuvent mener leur vie librement dans le cadre de l'auto-gouvernance, mais pas en tant qu'État indépendant et souverain. [...] Les communautés juives de Judée, de Samarie et de Gaza sont une concrétisation des valeurs sionistes. L'implantation est l'expression du droit irréfutable du peuple juif à disposer de la terre d'Israël et constitue un atout important dans la défense des intérêts premiers de l'État d'Israël. Le Likoud s'attachera à renforcer et à développer ces communautés et s'opposera à leur démantèlement. [...] Jérusalem est la capitale éternelle et indivise de l'État d'Israël et seulement de l'État d'Israël. »
Il n'est pas surprenant, dans ces conditions, que les multiples négociations de paix et de reconnaissance mutuelle n'aient pas abouti, même si les torts peuvent être parfois partagés. Qu'attend donc la communauté internationale pour réagir plus fermement : imposer des sanctions, envoyer des Casques bleus, etc. Qu'attend le Canada pour condamner publiquement le comportement d'Israël (occupation du territoire et construction de logements), en conformité d'ailleurs avec sa politique officielle telle qu'elle apparaît sur le site Web du ministère des Affaires étrangères ? Et le condamner efficacement en favorisant, par exemple, le mouvement de boycott des produits israéliens (mouvement BDS : boycott, désinvestissement, sanction) et donc en commençant par annuler la motion votée par les Communes en février 2016... Qu'attendent les organismes canadiens comme CJPMO (Canadiens pour la Justice et la Paix au Moyen-Orient) et PAJU (Palestiniens et Juifs unis) pour envahir les journaux et, entre autres choses, promouvoir le boycott en énumérant les produits à ne pas acheter et les compagnies à boycotter ? Qu'attendent les Juifs du Canada et du monde entier pour dénoncer et se désolidariser de ces actions d'Israël ?
On peut reconnaitre l'État d'Israël, on peut être l'ami d'Israël tout en critiquant certains de ses comportements. Dans la présente situation, comme en bien d'autres, le silence nous rend complices. « Le monde est dangereux à vivre, a écrit Albert Einstein, non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire ».
Guy Durand
Professeur émérite de l'Université de Montréal, spécialisé en éthique
Auteur du livre « Israël et Palestine : histoire ancienne et fractures actuelles », Les Éditions des Oliviers (Wilson et Lafleur), 2016