Internet haut débit partout sur le territoire: des engagements gouvernementaux en danger

LA VOIX DES LECTEURS / La crise actuelle a fait ressortir l’urgence de déployer Internet haut débit partout sur le territoire. Si tous les Québécois·es sont affectés par la mise sur pause de la société, l’impossibilité de plusieurs communautés à avoir accès à un débit suffisant ajoute aux difficultés actuelles.

Des élèves n’ont pas accès aux formations en ligne et ont difficilement complété leurs examens parce que le débit se limitait à 3 ou 4 Mbps. Des membres de nos communautés ont perdu leur emploi parce qu’ils n’étaient pas en mesure de faire du télétravail en raison des problèmes d’accès à Internet. Des compagnies ont vu leurs activités ralenties ou arrêtées pour les mêmes raisons. Plusieurs personnes ont souffert d’isolement par un accès réduit à leurs proches et aux différents services d’information et d’aide dans le contexte.

Ne pas avoir accès à Internet haut débit est déjà une idée inconcevable pour les urbains, mais c’est malheureusement encore trop souvent la réalité de plusieurs des 1000 municipalités locales et régionales que nous représentons. C’est d’ailleurs pourquoi les gouvernements ont annoncé des investissements majeurs pour régler cette situation aberrante. Toutefois, cette volonté est compromise en raison du comportement de grandes entreprises de télécommunication qui bloquent littéralement l’accès aux poteaux à ceux qui veulent déployer la fibre optique partout sur le territoire.

À titre de porte-parole des régions, la Fédération québécoise des municipalités (FQM) a déposé hier un mémoire au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) dans le cadre de son Appel aux observations sur les obstacles potentiels au déploiement de réseaux qui ont accès à un système à large bande dans les régions mal desservies du Canada. Ce mémoire dénonce ce comportement et demande des actions énergiques de la part du gouvernement fédéral pour assurer l’accès aux structures de soutènement (poteaux) et le déploiement du réseau en région.

La situation est claire: pour que les gouvernements du Canada et du Québec puissent respecter leurs engagements respectifs concernant Internet haut débit, le problème des entraves placées sur la route de ceux qui déploient le réseau de fibre optique par de grandes entreprises de télécommunications, propriétaires et gestionnaires de structures, doit être réglé le plus rapidement possible.

Dans son mémoire, la FQM expose plusieurs de ces obstacles qui ont trait au délai de traitement des demandes de permis pour accrocher le câble de fibre optique aux poteaux, aux coûts qui y sont associés et plusieurs autres incohérences auxquelles font face les petits fournisseurs de télécommunication chaque jour. Par exemple, une MRC a vu une division de Bell Canada installer un câble sur une série de poteaux alors qu’au même moment, une autre division de la même entreprise refusait d’autoriser son sous-traitant à installer un câble de fibre optique sur la même série de poteaux pour desservir leurs citoyens. Le comportement inacceptable de ces organisations tentaculaires ne fait qu’accentuer l’exaspération des acteurs sur le terrain, retarde indûment et augmente le coût du déploiement des projets d’Internet haut débit dans les régions du Québec.

Je tiens à souligner que l’attitude adoptée varie d’un propriétaire à l’autre. En effet, Hydro-Québec facilite en général le déploiement et justifie convenablement toute restriction dans l’accès aux structures.

Dans les prochaines semaines et les prochains mois, il y aura une pression accrue pour le déploiement d’Internet haut débit partout en région et une accélération des projets. Dans ce contexte, l’attitude de certaines compagnies de télécommunications qui était jusqu’à présent profondément irritante deviendra carrément outrageuse si rien n’est fait.

Il est donc impératif que les ministres responsables du gouvernement du Canada envoient un signal clair au CRTC pour que soient retirées ces entraves. On doit aussi prévoir de sévères pénalités pour les entreprises qui cherchent à profiter de la situation pour avantager leur situation au détriment d’un service concurrent. Un plan d’accélération des investissements est aussi nécessaire et ne pourra réussir que si les conditions favorables sont données aux acteurs concernés pour la réalisation de leurs projets. Il en va de notre responsabilité collective concernant nos régions et Internet haut débit, un service essentiel.

Jacques Demers

Président de la FQM, maire de Sainte-Catherine-de-Hatley et préfet de la MRC de Memphrémagog