Interdiction ou légalisation?

Notre liberté, c'est à-dire notre capacité de choisir le beau, le bon et le vrai est souvent obligée de choisir le moins pire en se rappelant que la solution apparemment parfaite et souvent radicale cache des conséquences encore plus désastreuses. Comme le dit un vieil adage : le mieux est l'ennemi du bien.
Si dans un effort de lucidité et d'honnêteté, nous regardons par exemple les boissons alcoolisées, les avortements, l'ensemble des drogues et les différentes formes d'euthanasie, il faut convenir que les interdictions et les criminalisations appuyées par les principes moraux généralement dictés par les groupes religieux non seulement n'ont eu aucun succès, mais ont empiré la vie de milliers de personnes. Les lois n'ont ni empêché ni réduit la vente des alcools et des drogues, mais elles ont obligé les gouvernements à dépenser des sommes faramineuses pour contrer le banditisme. Les avortements et les actes d'euthanasie ont pris le chemin de la clandestinité et la route des charlatans avec les immenses risques que comportaient leurs façons de faire.
La légalisation n'est pas une obligation : déjà, cela laisse beaucoup de place à la liberté humaine, ce à quoi les gouvernements théocratiques sont très allergiques. De plus, cela diminue grandement l'espace occupé par les charlatans et les mafiosos et l'espace occupé par la clandestinité. Et enfin et c'est probablement là que se situe le plus grand avantage : il est possible pour les gouvernements et la société de baliser ces activités et d'aider efficacement les personnes vivant des situations difficiles comme c'est précisément le cas pour le tabac, l'alcool et bientôt le cannabis.
Les coupures criminelles effectuées par les gouvernements de l'austérité ont durement pénalisé le monde de l'éducation à partir des garderies jusqu'à l'université. Or, le seul vrai remède pour tous ces secteurs d'activités si problématiques et si névralgiques, c'est l'éducation et encore l'éducation et toujours l'éducation. Il n'y pas de véritable liberté sans éducation. À quoi faut-il dire NON ? Il faut dire non aux lois qui multiplient les interdictions au lieu de favoriser l'encadrement et l'éducation.
Il est faux de prétendre que ce sont les lois qui créent des dépendances, qui détruisent les relations mutuelles ou qui ne prennent pas soin des êtres humains dans leur intégralité. Exprimer de telles prétentions donne une très mauvaise image de nos gouvernements démocratiques ; ça frôle presque le mépris. En fait, les lois adoptées par nos gouvernements démocratiques protègent de plus en plus la dignité et la liberté des citoyens et des citoyennes.
André Beauregard
Shefford