Le prix du panier d’épicerie pourrait augmenter de près de 500$ pour une famille de deux enfants en 2020.

Inflammation immobilière et pauvreté en région

LA VOIX DES LECTEURS / Le journaliste Gérald Fillion a fait un grand reportage sur RDI en novembre dernier, y décrivant la « fièvre immobilière » qui sévit au pays. On la retrouve à Vancouver, à Toronto, mais aussi à Montréal et sur la Rive-Sud. Granby n’y échappe pas avec sa hausse d’une valeur de 24 000 $ pour une maison moyenne, et sa hausse de taxes foncières de 12 % sur cinq ans, dont 2 % en 2020, nous annonça le dernier conseil municipal.

L’accès à la propriété en grande ville est quasi impossible pour les jeunes couples. Certains quittent Montréal pour venir s’établir en région et y acheter une première maison. D’autres familles vont se résigner à rester en ville et se loger dans un petit appartement. Une conséquence de cette inflation immobilière est la rareté des logements abordables qu’elle engendre pour les personnes moins nanties, dont des travailleurs au salaire minimum, des personnes sur l’aide sociale et des personnes vivant seules, dont maintes aînées.

Quand le taux d’inoccupation est inférieur au seuil de 3 %, cela est jugé critique. Or, à Granby, ce taux a chuté à 1,8 % (La Voix de l’Est du 11-10-2019). L’arrivée à Granby de travailleurs externes à la région, venus pour y occuper un emploi en entreprises, raréfie encore plus ce bas taux d’inoccupation des logements.

La guignolée des médias et les collectes de denrées alimentaires sont grandement publicisées en ce mois de décembre. Bravo à tous les bénévoles qui se dévouent.

Mais, soyons réalistes, cela vient masquer la négligence du gouvernement, qui n’agit pas suffisamment pour lutter contre la pauvreté. À quand les barèmes imposés pour limiter la spéculation foncière ? À quand la construction de logements abordables en nombre suffisant avec un taux convenable d’accessibilité universelle ?

Hausser les tarifs de l’hydroélectricité, comme le vota la CAQ dernièrement, ne vient que grossir les dépenses liées au logement. Et que dire, si en plus dans notre ville, il y a hausse des taxes foncières ?

Une autre variable s’ajoute au budget des moins bien nantis, celle du budget voué à l’alimentation. Le professeur Sylvain Charlebois annonçait, dans La Voix de l’Est du 9 décembre, une hausse de près de 500 $ pour s’alimenter si on est une famille de deux enfants en 2020. Des impondérables sont en cause dans ces hausses du prix des aliments, dont celui des effets du climat. Or, l’alimentation est la dernière part qui reste du budget quand on est pauvre, une fois payés les frais fixes liés au loyer. Certaines personnes sont-elles contraintes à mal se nourrir pour cause indirecte de devoir trop mettre pour payer leur loyer ? Quelle sera la décision ? Mal manger et rester en appartement ou se faire mettre à la rue, devenir itinérant et se nourrir au Partage Notre-Dame ?

En bref, je rappelle à nos élus que le développement durable à trois composantes qui doivent s’équilibrer. Vous visez l’économie à plein, mais vous parlez peu du volet environnement. Mais du côté du développement social, il y a si peu de fait que la misère s’accentue. Indexer au niveau de l’inflation ne fait que la prolonger. Il faut faire plus.

Luce S. Bérard

Membre du Groupe Actions Solutions Pauvreté