Inauguration de la salle Émile-Roberge au Cégep de Granby

LA VOIX DES LECTEURS / Lorsque M. Yvan O’Connor, directeur général du Cégep, m’a appris la décision du comité de direction du collège de nommer la nouvelle salle de réunion du conseil d’administration «Salle Émile-Roberge», je fus estomaqué, sans mots, très ému.

ette salle, je n’en croyais pas mes yeux. C’est certes le plus bel endroit du nouveau pavillon Notre-Dame. La salle est dans la partie haute de l’ancienne sacristie et sa décoration est plus que centenaire. Et quelle luminosité! On dirait une île flottant sur un tapis de lumière. Un chef-d’œuvre architectural! 

D’ailleurs tout le nouveau pavillon Notre-Dame est éblouissant. 

Je tiens donc à redire ma reconnaissance à Monsieur le directeur général, de même qu’ au comité de direction. Cette appréciation tangible du travail accompli aux premières heures de vie de notre collège me touche profondément. Et merci à vous tous qui êtes venus lors de cette inauguration, spécialement à celles et ceux que je n’ai pu rencontrer.

Je sais que, pour donner naissance au Cégep de Granby,  je n’étais pas le premier choix des autorités et que celui qui avait été choisi refusa cette tâche qu’il jugea «trop lourde et vouée à l’échec». 

Audace ou innocence, j’ai accepté de relever le défi. Donc, sans que je n’aie postulé pour cet emploi, je devenais celui qui, les mains vides, devra élever l’édifice. 

Rappelons que Granby ne figurait pas sur la liste initiale des cégeps et que bon nombre de plus petites villes y figuraient. C’est grâce à l’intervention musclée de citoyens(nes) que nous avons pu mettre sur pied notre cégep. Nous étions aussi le seul cégep à être partis à zéro. Les autres sont nés d’institutions déjà existantes: collèges classiques, écoles normales et établissements spécialisés. On avait qu’à changer la pancarte devant l’institution et c’en était fait. 

À Granby, il n’y avait alors aucune institution de niveau collégial. Pour nous, créer, c’était réellement «faire quelque chose de rien». 

La naissance de notre Cégep fut donc très difficile. Plus d’une fois, le bébé faillit mourir. Épaulés par les gens de Granby et du Cégep de Sherbrooke, nous avons dû travailler fort, lutter âprement et établir un climat de confiance, de collaboration et de bonne humeur. Donc, malgré la pauvreté de nos moyens et les obstacles sans nombre, notre survie fut assurée. 

Je répète que votre reconnaissance me touche grandement. Je ne suis qu’un ouvrier bien ordinaire qui n’a fait que son travail. D’autres après moi, depuis 50 ans, ont contribué à ce que notre cégep devienne un milieu culturel de haut niveau. 

Pierre Nadeau disait que «celui qui reçoit des hommages est un homme âgé». Comme je suis âgé depuis plusieurs années, j’ai été comblé plus souvent qu’à mon tour. Je suis conscient d’avoir reçu plus que je n’ai donné, surtout de la part du cégep. Je suis grandement endetté.


Émile Roberge

Granby