Au Québec, 87 % des personnes aînées ne vivent pas dans un CHLSD ou dans une résidence pour personnes âgées, donc elles ne sont pas malades et voient à s’entretenir et souvent jusqu’à un âge avancé, indique Nicole Gagné, secrétaire de l'AQDR.

Il est temps que nos aînés prennent leur place

Y a-t-il un peuple, une province, un pays qui peuvent se permettre de se priver des connaissances, de l’expérience et du savoir-faire de ses aînés et de les enterrer en disant qu’ils nous ont coûté cher ?

Au Québec, 87 % des personnes aînées ne vivent pas dans un CHLSD ou dans une résidence pour personnes âgées, donc elles ne sont pas malades et voient à s’entretenir et souvent jusqu’à un âge avancé. Elles participent de fait pleinement à la société et à l’économie.

Ces personnes sont nées dans une période où la moitié de la population n’avait pas 30 ans. Elles ont connu une révolution… tranquille et contribué à bâtir un monde où tout était à faire ou presque.

Elles ont collaboré à des projets de société formidables, elles se sont investies à fond, elles ont changé les règles à coup d’enthousiasme, et elles forment maintenant une cohorte énorme qui est arrivée à un stade qu’on appelle « retraite », qu’elles se doivent d’apprivoiser, car elles font face à ce que l’histoire n’a jamais vécu auparavant, c’est-à-dire qu’elles se retrouvent en grand nombre, et même deux générations différentes, dans ce créneau où la société n’a rien prévu pour elles.

Dans les faits, le gouvernement nous alloue une case dans l’imposant organigramme du ministère de la Santé comme si c’était le seul endroit qui convenait ; autant dire que parce que tu es plus âgé, tu vas nécessairement être malade et entraîner des coûts. Il est grandement temps qu’on arrête de voir la personne aînée comme un passif dans la société et qu’on regarde la réalité, soit l’actif qu’apportent ces personnes.

Elles représentent 20 % de la population, donc imaginez au niveau économique ce que cela signifie. Combien croyez-vous que ces gens dépensent pour leur logement et les rénovations, leur nourriture et les repas plus fréquents au restaurant, leur véhicule ou des taxis, leurs déplacements dont des voyages, leurs loisirs sportifs et culturels sans oublier les frais courants de vêtements, pharmacie et autres ?

Elles paient leurs impôts, certaines sont encore sur le marché du travail ou elles contribuent dans leur communauté en faisant du bénévolat. N’oublions surtout pas que beaucoup sont de proches aidants qui s’occupent d’un(e) conjoint(e), ce don de soi implique également qu’elles doivent assumer toutes sortes de dépenses supplémentaires (modification du logement, soins à domicile…). Également, plusieurs s’engagent, et ne s’en plaignent surtout pas, auprès de leurs petits-enfants et de leur famille. Si ce n’est pas participer à la communauté à part entière, je me demande comment on peut appeler cela.

Quand va-t-on arrêter de les considérer comme des postulants éventuels à l’aide médicale à mourir et les voir plutôt comme des personnes actives qui ont encore des années devant elles et qui veulent les vivre pleinement, mais à leur rythme et surtout en ayant leur mot à dire sur la manière dont cela va se dérouler ?

Ces aînés ne demandent pas la charité, loin de là, ils veulent seulement qu’on respecte le fait qu’ils vivent une situation sans précédent, et, plutôt que de les ignorer et se rappeler d’eux seulement aux quatre ans, que le gouvernement innove et mette sur pied, disons un ministère des Aînés amélioré et surtout actualisé, lequel ne s’occuperait pas que de CHSLD et de proches aidants, mais aussi de tous les autres aspects de la vie courante de ces personnes qui ont les mêmes besoins que leurs congénères de moins de 60 ans, mais adaptés au temps qui passe.

Comment allons-nous réaliser cette mouvance vers une nouvelle manière de vieillir ? En premier lieu, nous devons admettre collectivement qu’il existe un réel problème et vouloir le résoudre. Deuxièmement, pour ce qui est des idées et des pistes de solutions, faisons naturellement appel, en premier lieu, à ces aînés qui vivent sur le terrain chaque jour. Vous pouvez me croire, ils ont tout plein d’expériences, de connaissances, du vécu et… du gros bon sens et ils ne visent pas toujours ce qu’il y a de plus dispendieux, loin de là. Troisièmement, on passe à l’action… rapidement.

Vous trouvez mon plan simpliste et idéaliste ? Je ne le crois pas. Avez-vous remarqué que quand quelque chose est RÉELLEMENT important pour nous, quand une cause nous tient VRAIMENT à cœur collectivement, nous trouvons toujours les moyens de les réaliser ? Je vous dirais que le plus difficile va être de changer le regard que vous posez présentement sur vos parents, vos grands-parents, et sur les personnes âgées en général ; quand ce regard fera en sorte que vous les verrez comme des acteurs importants dans la société, au même titre que vous, alors le processus de changement sera amorcé pour de bon, et le reste découlera.

Est-ce trop demander de redonner à nos aînés leur dignité, leur fierté ? Sûrement pas. N’oubliez pas que dans dix, vingt ou trente ans, ce sera vous qui serez à notre place, alors appuyez-nous maintenant dans notre démarche, nous en sortirons collectivement « gagnants-gagnants ».

L’AQDR Granby est un organisme de défense des droits collectifs des personnes retraitées et préretraitées qui compte 815 membres. Elle organise des conférences mensuelles gratuites pour que les personnes aînées soient informées sur leurs droits, apprennent comment se protéger et connaissent les ressources mises à leur disposition.

Nicole Gagné, secrétaire AQDR - Granby