Identité et diversité

Si on avait décrit l'identité du Québécois en 1930, on aurait peut-être dit qu'il était de race blanche, qu'il baragouinait un certain langage français, qu'il signait ses documents officiels par un X, qu'il devenait catholique le lendemain de sa naissance, qu'il avait l'obligation de procéder à la procréation de très nombreux enfants nourris de peine et de misère sur des terres de roches et quoi encore ?
Aujourd'hui, par quoi peut-on reconnaître un vrai Québécois ? La couleur de ses yeux ou de ses cheveux ou de sa peau ? Ses non-croyances religieuses ou ses profondes convictions juives, bouddhistes, musulmanes, protestantes, catholiques ou mormones ? Ses origines amérindiennes, européennes, asiatiques, latino-américaines, ou africaines ? Sa langue maternelle spontanément utilisée à la maison tels l'italien, l'espagnol, le mandarin, le grec, l'anglais, l'inuit, l'algonquin ou le français ? Sa poutine, ses pizzas, son poulet Tao ou ses sushis ? Doit-on considérer toutes ces particularités culturelles, religieuses et linguistiques comme des obstacles à être reconnu comme Québécois ou ne font-elles pas parties intégrantes normales de la nouvelle identité québécoise ?
Nous pouvons certainement nous demander à quelle société les réfugiés et les migrants devront s'intégrer. Le mot qui décrit le mieux la société québécoise aujourd'hui, c'est « diversité ». Nous sommes à des siècles d'une société uniforme et monolithique. Tous les jours, nous sommes en contact avec une multitude d'éléments cosmopolites qui force la notion de l'identité québécoise à s'élargir et qui, en conséquence, oblige la compréhension de nos valeurs communes à évoluer. Notre capacité d'adaptation aux réalités modernes, signe de notre résilience légendaire, a réussi à triompher de l'inertie populaire, de la domination anglophone, du conservatisme religieux et de l'attachement plus ou moins irrationnel au passé. 
Il est important de reconnaître que les éléments qui contribuent à modeler l'identité du peuple québécois aujourd'hui sont nombreux : le français, langue officielle et langue de travail, l'égalité des hommes et des femmes, l'administration publique et les services publics séparés des pouvoirs religieux, la liberté de conscience pour ce qui regarde les pratiques et les croyances religieuses, le respect et la protection de tous les droits démocratiques et en particulier la liberté d'expression, l'interdiction de toute forme de discrimination suscitée par le racisme, la xénophobie, le sexisme et l'homophobie. Mais par-dessus tout, la culture québécoise que nous chérissons et qui se fait connaître partout dans le monde.
Malgré ces grandes caractéristiques de la nation québécoise, il nous faudra encore beaucoup d'efforts pour nous adapter à la mondialisation des vagues de migrants et pour apprendre non pas à assimiler, mais à faciliter l'intégration de ces hommes et de ces femmes que nous accueillons avec beaucoup d'empathie. Les récents événements qui s'imposent à nous sont probablement nos meilleurs éducateurs : ils ont le pouvoir de stimuler notre évolution sociale et humanitaire. La planète devient de plus en plus un grand village où la multiplication des contacts avec la diversité internationale devient une source illimitée d'enrichissement et de croissance pour tous, y compris pour chaque personne qui réside au Québec depuis plusieurs décennies. 
André Beauregard
Shefford