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Franciser le Québec, mais fraternellement!

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LA VOIX DES LECTEURS / Les chiffres parlent. Le français au travail dans la région de Montréal est en déclin. Et on y accueille de plus en plus dans les commerces la clientèle par le Bonjour-Hi.

Les francophones quittent Montréal pour la banlieue ou les régions depuis quelques années. Le phénomène s’accroit à la vitesse grand V en ce temps de pandémie. On voit de plus en plus à Montréal de nouveaux commerces apparaître avec une bannière anglaise : Goodfood, DoorDash, Uber Eats, etc.

Même à Québec, le maire Labeaume, pour soutenir ses restaurateurs, a invité la population à avoir recours en grand nombre au take-out. Et tout cela sans compter que, selon les chiffres récents de l’OQLF, le français langue maternelle, de 78,9 % actuellement, passera d’ici 2036 à 70,1 %. Et pendant tout ce temps, notre premier ministre, chaque jour ou presque, nous livre son petit topo en anglais. Ça ne va plus!

  • Avec raison, le ministre Jolin-Barrette s’apprête à revoir la loi 101. On entend de plus en plus de francophones nationalistes, dont Guy Rocher (Le Devoir, 3 avril), suggérer de freiner l’accès au cégep anglophone aux jeunes francophones. Jean-François Lisée (Le Devoir, 7 avril) suggère une mesure plus forte, soit la francisation complète des cégeps anglophones sur une période de dix ans. Ces deux mesures ont le même socle, celui d’une vision canadienne-française du Québec avec comme ancrage principal la langue maternelle que l’on veut sauver de tous les dangers possibles, y compris celui de l’assimilation graduelle et progressive du Québec dans le grand tout canadien.

Je vois les choses autrement. D’ailleurs, l'écrivain Marco Micone, dans son texte «Qu’est-ce qu’un francophone ?» (Le Devoir, 7 avril), met le doigt sur le fait que malgré la loi 101 obligeant tous les enfants de nos immigrants à fréquenter l’école française, ceux-ci, parce qu’ils n’ont pas toujours le français comme langue maternelle, sont marginalisés et ne semblent pas faire partie du Québec francophone, en particulier, au niveau des statistiques inquiétantes de l’OQLF quant à l’avenir de la langue française.

Cette situation est selon moi une ignominie et un manque de respect pour cette loi 101 de Camille Laurin, surtout quand on entendait à Tout le monde en parle, le 4 avril, une Cathy Wong (première femme et Asiatique présidente du conseil de la Ville de Montréal à 27 ans), cette enfant de la loi 101, s’exprimer dans un très beau français et avec toutes les nuances de respect nécessaires au sujet du racisme vécu à Montréal par les personnes d’origine asiatique.

Tenant compte de l’optique de Marco Micone, j’y vais de quelques recommandations à la suite de Guy Rocher et Jean-François Lisée pour améliorer l’état de la langue française au Québec et, surtout, comme M. Micone le suggère, que celle-ci soit dorénavant envisagée dans la future loi 101 comme ayant un double fondement, soit celui de langue maternelle, mais aussi celui de la langue fraternelle. Celle, en effet, de tous les Québécois francophones de coeur, à additionner sans tarder à ceux déjà de souche.

Première : qu’une Déclaration d’identité soit adoptée, à titre de préambule à la future loi 101 de Simon Jolin-Barrette, visant à inclure dans la notion de peuple québécois francophone tous les habitants de notre territoire qui acceptent d’utiliser prioritairement, et fraternellement, la langue française au Québec.

Deuxième: que suivant cette déclaration, les principes qui en découlent et visant à soutenir cette réforme de la loi 101 apparaissent clairement, et je vois ceux-ci :

1) la liberté de choix de fréquenter un cégep francophone ou anglophone, lesquels devront offrir 30% de leurs cours généraux en langue seconde d’ici 2024.

2) l’obligation au Québec d’utiliser la langue française au travail, dans les commerces, dans l’affichage, ainsi que dans l’administration publique et gouvernementale, et surtout, dans tout débat politique et démocratique, progressivement, d’ici 2026.

Troisième: le renforcement de la loi 101 dans les chapitres suivants, en accord avec les principes précédents, ne vise pas son durcissement, mais son accomplissement en toute fraternité. Ainsi, le 24 juin, pour les fêtes télévisées, tous les Québécois habitant notre territoire national chanteront en français, mais aussi, s’ils le désirent, dans la langue de leurs ancêtres, quels qu’ils soient, et ce, dès l’adoption de la loi.

Denis Forcier

Shefford