Faire comme si la reprise des cours au collégial était possible

LA VOIX DES LECTEURS / Nous sommes en train de livrer notre plus grande bataille collective. Cette phrase résonne parce qu’elle est vraie. Et dans ces circonstances extraordinaires où chaque jour des vies sont mises en péril et tombent littéralement, tous les efforts doivent converger pour protéger notre société du virus sur le plan physique, mais aussi sur le plan psychologique d’une détresse immense.

Et dans ce contexte où le Québec entier est en arrêt pour prêter main forte « aux anges gardiens » des services essentiels, la reprise de la session au collégial est une décision absurde. Absurde parce qu’elle s’appuie avant tout sur quelque chose qui n’a pas sa place en cette période : faire comme si.

Faire comme si les étudiants étaient en mesure de répondre aux exigences académiques, alors que plusieurs sont au front dans les épiceries, les pharmacies, les dépanneurs, les CHSLD et les hôpitaux. Et s’ils ne sont pas en première ligne, leur participation active à la maison est essentielle pour soutenir leurs parents dans le milieu de la santé, de l’alimentation ou de l’itinérance.

Faire comme si les étudiants étaient imperméables à la détresse ambiante en général, et familiale en particulier. Dans plusieurs maisons, l’anxiété a déjà pris ses aises, prêtant flanc à des émotions plus noires, à des comportements regrettables et regrettées ou carrément à des habitudes de violence exacerbées. Plusieurs experts en santé mentale l’ont surligné maintes fois : dans les conditions actuelles anxiogènes, la vigilance et la bienveillance sont de mise. Deux mots solidaires qui ne riment en aucun cas avec les directives du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, malgré la bonne volonté et la flexibilité du corps enseignant.

Faire comme si les étudiants avaient récupéré leurs notes, leur manuel et leur ordinateur (lorsqu’il en ont un !) pour travailler alors qu’ils n’ont eu aucun accès à leur établissement scolaire depuis le 13 mars. En fait, les embuches logistiques pour étudier à distance ne cessent de s’accumuler, et les beaux défis à surmonter d’hier se transforment aujourd’hui en des morceaux d’impossible qu’on rabiboche ensemble.

Ces efforts entrepris dans l’urgence pour soutenir une structure bancale prête à s’effondrer seraient justifiés, salués et même applaudis si les avantages étaient manifestes pour la collectivité des étudiants. Or, c’est tout le contraire. L’avalanche de courriels angoissés que reçoivent les enseignants depuis le 6 avril en témoigne que trop bien.

Le confinement génère un environnement qui n'est pas propice à l’apprentissage. Point. Et, de ces cours à distance improvisés contre vents et marée, aucun apprentissage ne ressortira, à part peut-être une leçon sur un immense cafouillage.

Tania Tremblay
Enseignante en psychologie au collégial