Éthique et culture religieuse : pourquoi tant de controverses ?

LA VOIX DES LECTEURS / Avant de tracer l’historique de ce programme, voici le point de vue d’élèves de 4e et 5e secondaire.

« Ce cours est une occasion de me charger d’énergie positive et de me recentrer sur les valeurs qui me tiennent à cœur. Merci d’avoir été ces ailes qui nous ont retenues quand nous n’arrivions plus à voler. » Angélique 

« Aux yeux de plusieurs, le cours ÉCR semble moins important qu’un cours de maths ou de français. Pourtant, il l’est tout autant ! J’ai beaucoup grandi intérieurement, je me suis ouverte sur le monde, j’ai appris sur d’autres cultures. C’est toujours un plaisir d’aller au cours d’ÉCR. » Anne-Marie 

« Je veux voyager, plus tard. J’ai tellement appris sur les lieux de pèlerinage dans le monde avec Mme Annie. Ce sont des lieux importants à respecter, même si je ne suis pas croyante. » Catherine 

« Seul cours qui parle de l’être humain ; j’ai beaucoup appris sur moi. Il nous ouvre les yeux sur le monde et sur nos préjugés. Il est indispensable pour nous aider à devenir meilleurs ! » Alex 

« J’ai appris pourquoi les Témoins de Jéhovah cognent à notre porte. J’ai appris aussi à faire la différence entre des groupes religieux et des vraies sectes pour ne pas me faire avoir. Merci ! » Frédéric 

« Je me rends compte à quel point votre cours m’a changé pour devenir une personne meilleure. Grâce à ce cours, j’ai mis fin à une relation malsaine, car vous avez réussi à m’ouvrir les yeux et à prendre soin de moi maintenant. » Maude 

« Ce cours nous aide dans notre cheminement de vie. Si je suis l’homme que je serai plus tard, ce sera en partie grâce à mes apprentissages faits dans le cours ÉCR. » Maxime 

« J’ai appris comment du monde se radicalise. Vraiment pas drôle ! Il faut faire attention. Je comprends maintenant la différence entre un musulman et un islamiste. » Élaine 

Historique d’un programme méprisé

En septembre 2008, le gouvernement du Parti libéral du Québec implantait le cours ÉCR dans toutes les écoles du Québec. Ce changement historique était une suite logique de l’évolution de la province concernant la place de la religion à l’école (Proulx, 1999). Mais ce projet d’envergure ne pouvait se réaliser sans que le gouvernement procède à des changements constitutionnels. 

En 2005, le gouvernement en place a mis sur pied une commission parlementaire pour consulter des experts d’adopter des changements. Étrangement, l’Association québécoise des professeurs de morale et de religion, dont les membres enseigneraient le futur programme, n’a pas été invitée. Ce faisant, toute la « réalité terrain » de notre champ disciplinaire a été évacuée du processus décisionnel. Ce choix est encore, aujourd’hui, lourd de conséquences pour les enseignants en ÉCR. 

En tant que présidente de cette association, qui comptait alors plus de 400 membres, j’ai insisté pour que les responsables de l’implantation informent les parents de leurs décisions. Stratégiquement parlant, nous estimions qu’il fallait créer les conditions les plus favorables pour l’implantation de ce programme, et ne pas rater l’occasion d’en faire connaître la pertinence. Juin 2005, le ministre de l’Éducation adoptait rapidement le projet de loi 95 modifiant la Loi de l’instruction publique, limitant le choix des parents de choisir entre un enseignement moral et un enseignement religieux catholique pour une période de trois ans seulement. Malheureusement, les parents ne furent pas informés de cette décision. Puis, l’article 41 de la Charte des droits et libertés de la personne a été modifié, article permettant aux parents d’obtenir une éducation religieuse pour leur enfant au sein des établissements scolaires du Québec. Encore une fois, les parents n’ont pas été informés. 

Malheureusement, les parents du Québec ont connu l’existence de ce programme après son implantation, à l’automne 2008, par un simple dépliant explicatif. Leur réaction a été celle que nous appréhendions : plusieurs regroupements de parents, dont la Coalition pour la liberté en éducation (CLE), ont vivement réagi, jusqu’en Cour suprême. 

Selon nous, la plainte aurait dû porter sur la modification de l’article 41 de la Charte qui concernait les parents, et non pas sur l’atteinte à la liberté de conscience et de religion. 

Presque 12 ans plus tard, la controverse soulevée lors de l’implantation a encore des incidences non négligeables et nuit à sa crédibilité. (Bergeron, 2012). Le programme ÉCR est stigmatisé depuis son implantation par des directions d’école, des enseignants d’autres disciplines et des parents. Seuls les enseignants en ÉCR voient leurs heures d’enseignement amputées au profit d’autres programmes jugés plus pertinents par les directions. Ces décisions administratives bouleversent les tâches des enseignants. De plus, la qualité de l’enseignement est entachée, parce que de nouveaux enseignants sans formation adéquate ni soutien pédagogique acceptent des tâches en ÉCR. 

En février 2013, le responsable du programme ÉCR au ministère, Jacques Pettigrew, faisait état des multiples problématiques de la mise en œuvre du programme. Le plan du MELS (ancienne appellation du MEES) était alors de valoriser le programme et non de l’éliminer. 

Au lieu d’annoncer publiquement ce chantier majeur, le ministre Roberge, lui-même ex-enseignant, aurait pu demander l’expertise d’enseignants en ÉCR par le biais de l’AQÉCR afin d’élaborer avec eux une stratégie organisationnelle visant à bonifier le programme et à améliorer les conditions d’enseignement. À titre d’exemple, pourquoi ne pas ajouter les thématiques proposées dans la consultation aux élèves de 3e secondaire qui ne reçoivent présentement aucun contenu disciplinaire en développement personnel ? 


Claire Bergeron

Enseignante en ÉCR au secondaire, M.A. en éducation Université de Sherbrooke