Enseignante en éthique et culture religieuse à l'école J.H. Leclerc, Claire Bergeron est l'auteure de cette lettre.

Entre l'ombre et la lumière... je choisis la lumière!

Je voudrais réagir aux propos de Monsieur Claude Lamoureux parus le 10 février dernier. Je connais depuis longtemps le curé Lamoureux. Chacun dans nos milieux respectifs, lui auprès de sa communauté paroissiale et moi dans mon milieu scolaire, nous sommes témoins de situations de vie qui, à certains égards, constituent la pointe de l'iceberg des souffrances du peuple québécois ; monsieur Lamoureux soulignait certaines de ces situations. Des recherches basées sur des données probantes révèlent que le Québec a en effet un taux de suicide relativement élevé, en particulier chez les jeunes garçons et les hommes, augmentation significative aussi d'antidépresseurs, d'avortements et de divorces.
Auprès d'adolescents en milieu scolaire, je constate effectivement un certain mal de vivre, une augmentation d'élèves médicamentés, de l'angoisse à prendre la parole lors des présentations orales, souvent fondés sur la peur du jugement des autres, un manque d'estime de soi, l'absence voire même le rejet systématique d'un parent à l'égard de son adolescent, l'insomnie et bien entendu la consommation de substances pour tenter d'oublier des souffrances.
Face au constat d'ombre relevé par Monsieur Lamoureux, celui-ci apporte des pistes de solutions. Cet aspect a retenu mon attention et m'a donné le goût de faire connaître les lumières d'espoir dont je suis témoin dans mon école. Le curé Lamoureux nous invite à retrouver le sens de l'engagement responsable envers les autres. Il existe de beaux adolescents qui acceptent de s'engager envers les autres. J'en témoignerai plus loin.
Une 2e solution possible, cesser de rechercher le bonheur dans la consommation effrénée. Plusieurs parents ne le savent peut-être pas mais lorsque les élèves racontent leur plus beau souvenir du temps des Fêtes, aucun d'entre eux ne souligne les cadeaux reçus ! Les jeunes apprécient plutôt les repas en famille, revoir des personnes qu'ils ne voient pas souvent, vivre des moments de « cocooning » avec ceux et celles qu'ils aiment. Lors de voyages humanitaires, les élèves rencontrent des enfants qui n'ont à peu près rien et pourtant, ils ont le coeur rempli de bonheur ; les gens de leur village tout entier les aiment et en prennent soin ! L'endettement des familles canadiennes n'a jamais été aussi élevé. Et si le bonheur et la vraie richesse reposaient sur les liens familiaux et le don de soi ? 
Troisième conseil ou solution du curé Lamoureux : expérimenter l'authentique bonheur du partage qui se fonde sur une empathie empreinte d'une réelle fraternité. À la morosité actuelle, il propose un remède tout simple et pas si compliqué à mettre en oeuvre : choisir de devenir des bons samaritains les uns pour les autres (à expliquer aux ados en culture religieuse !), faire preuve de bienveillance envers tous sans exclusion. L'ombre qui plane sur le Québec depuis l'attentat à la mosquée et l'élection d'un président américain sèment la division, et pourtant il existe des gestes de lumière... 
• 160 jeunes de 4e et 5e secondaire ont écrit des messages profondément touchants sans même connaître une dame en fin de vie ; Mme Isabelle Vandal est décédée le 4 février dernier.
• Des élèves aident d'autres élèves immigrants à apprendre le français sur l'heure du dîner.
• Des élèves prennent en mains leur santé physique grâce à la passion d'enseignants dans la course de la persévérance ou par le biais de l'activité « filles actives ». 
• Des élèves immigrants acceptent de témoigner, souvent pour la 1re fois depuis leur arrivée au Québec, des raisons pour lesquelles ils ont quitté leurs pays. Ils permettent ainsi aux « Québécois blancs de souche » d'ouvrir leur esprit ; ces derniers posent des questions fort pertinentes, s'intéressent vraiment à leur vécu et sont surtout stupéfaits du courage de ces élèves qu'ils côtoient au quotidien.
• Des élèves sont bénévoles au Partage Notre-Dame et à l'accueil Bonneau. Une élève a tellement apprécié, qu'elle et son copain ont pris l'initiative de distribuer des vêtements, produits hygiéniques et collations à des itinérants pendant le congé des Fêtes ! 
• Des élèves inscrits au voyage humanitaire de notre école en 2018 et excellant dans certaines matières proposent de rencontrer des élèves en difficultés académiques.
• 32 élèves ont vécu un camp de formation en relations interpersonnelles pendant une journée pédagogique. Oui, vous avez bien lu ! Ils se sont levés un matin d'une journée pédagogique pour se rendre à cette formation axée sur la découverte de soi et des autres avec qui ils partiront au Costa Rica l'an prochain.
• Pendant cette journée, un des collègues accompagnateurs du voyage a affirmé clairement et avec émotions ce qui le motivait à s'investir auprès des jeunes ; son désir d'engagement reposait sur un profond désir de combattre toute la méchanceté médiatisée par des petits gestes du quotidien.
« Soyez le changement que vous voulez pour le monde » Gandhi
Dans l'ombre, il y a de petites lumières qui brillent... il suffit de les voir !
Merci Claude, car ton article m'a donné le goût de révéler ces lumières. 
Claire Bergeron
enseignante en éthique et culture religieuse à l'école J.H. Leclerc
Granby