Encore une fois!

Plus de 30 morts, une tragédie humaine. LÀ, les «p'tits vieux» du Québec, surtout ceux abandonnés dans les CHSLD ont droit aux manchettes et aux premières pages. Ils ont même droit à des émissions spéciales à la télévision. Ces drames sont vendeurs. (...)
Dans la foulée de la tragédie de L'Isle-Verte, nous pouvons être assurés que toutes les directions générales des établissements du Québec ont reçu aux petites heures, une quelconque mise en demeure de revoir leur plan d'évacuation, les mesures d'urgence et la sécurité de la bâtisse: la routine quoi. C'est la façon de faire des grands bonzes à Québec ou à Longueuil jusqu'à une prochaine tragédie.
Si nous sommes chanceux, peut-être que dans la prochaine campagne électorale qui est à nos portes, entendrons-nous quelques apprentis candidats, tous partis confondus, promettre on ne sait trop quoi pour améliorer les milieux de vie ou de mort des personnes âgées hébergées dans les CHSLD: la routine quoi. C'est comme ça que ça se passe, jusqu'à une prochaine élection. Un tel scénario a été décrit par Claude Castonguay à la fin des années 1960: les «p'tits vieux ce n'est pas glamour».
Ils étaient parqués dans des mouroirs en attendant une fin de vie. La tragédie de L'Isle-Verte met en relief certaines lacunes dans les mesures de sécurité, mais elle met surtout en relief l'extrême pauvreté des ressources consacrées à cette population vulnérable et cette pauvreté a été provoquée par tous les ministres qui se sont succédé au ministère de la Santé et des Services sociaux. Ils se sont amusés à imposer coupure budgétaire par-dessus coupure budgétaire, tout en demandant aux directions et aux employés de remplir leur mission: prendre en charge une clientèle de plus en plus en perte d'autonomie et instaurer des milieux de VIE.
C'est ce que l'on peut appeler «parler des deux côtés de la bouche». La dernière réforme, celle du bon Dr Couillard au début des années 2000, a mis fin aux quelques tentatives novatrices. En fusionnant les CHSLD avec les hôpitaux, il a dénaturé la mission des CHSLD. Cette réforme a fait que le vieillissement est devenu une maladie. L'actuel ministre, bien au fait que le vieillissement n'est pas une maladie, ne semble pas réussir à remédier aux néfastes orientations de son prédécesseur. Faut-il lui rappeler que dans les mots vieux et vieillisement, il y a le mot VIE. Et que l'énergie des directions et des employés devrait être de la développer, quelles que soient les pertes des personnes.
Guérir le vieillissement est une utopie. Claude Castonguay dans son rapport à la fin des années 1960 souhaitait voir une quelconque politique sur le vieillissement: près de 60 ans plus tard, nous l'attendons toujours. Le vieillissement est l'aboutissement ou une étape de la vie. Il faut donner aux directions et aux employés les moyens de mettre les personnes âgées en équilibre bio psychosocial disait l'actuel ministre dans ses cours à l'Université de Sherbrooke. Les CHSLD ne sont ni des mouroirs ni des Club Med; ce sont des milieux de VIE. Encore faut-il que ces milieux en aient les moyens. Ces moyens reposent sur la quantité et la qualité du personnel. (...)
Bernard Fournelle, Granby
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