En réponse à Madame Lyne Beausoleil

D'abord, je veux vous assurer ma compréhension des événements et vous exprimer toute mon empathie. Je tiens aussi à mentionner que les pharmaciens n'ont aucun avantage à refuser de servir des patients bien au contraire, nous sommes particulièrement conscients, la compétition étant très forte, que vous nous choisissez. D'autre part, malgré cette forte compétition, les règlements, les lois, codes d'éthique et autres mesures imposent entre nous un respect, une coopération, des échanges d'informations, afin de bien s'assurer que le patient et la protection de sa santé demeurent prioritaires.
Ceci dit, vous confirmez que les services pharmaceutiques sont essentiels dans notre société, mais la pratique de la pharmacie, devenue complexe, doit nécessairement être légiférée. L'équilibre entre les lois et les services aux patients est difficile à atteindre et je le reconnais, actuellement la population pourrait obtenir de meilleurs services professionnels de la part de ses pharmaciens qui sont limités légalement et sous-exploités dans notre système de santé. L'attente inutile de l'application de la Loi 41 en est un exemple évident d'urgence. Le renouvellement d'une prescription est légiféré par des lois fédérales et provinciales, rigoureuses et précises. L'étiquette d'un pharmacien sur un vial ou boîte de médicaments n'est pas une prescription. Votre prescription était effectivement dans une pharmacie et cette prescription ne pouvait être transférée légalement qu'en respectant des procédures précises. Voici d'ailleurs des textes provenant du contexte légal: • C.01.041.2. (1) Le pharmacien à qui est transférée une ordonnance ne peut vendre la drogue de l'annexe F qui y est prescrite, à moins que le pharmacien effectuant le transfert ne lui indique le nombre restant de renouvellements autorisés, la date du dernier renouvellement ainsi que ses nom et adresse, et ne lui transmette, selon le cas, une copie de l'ordonnance écrite ou une copie de la consignation écrite de l'ordonnance verbale visée au paragraphe C.01.041 (4). • (2) Le pharmacien à qui est transférée une ordonnance ne peut vendre la drogue de l'annexe F qui y est prescrite lorsque l'ordonnance lui est transmise verbalement, à moins qu'il ne la consigne par écrit selon le paragraphe C.01.41 (4) et que le pharmacien qui effectue le transfert ne lui indique le nombre restant de renouvellements autorisés, la date du dernier renouvellement ainsi que ses nom et adresse. • DORS/78-424, art. 3. • L'annexe F du Règlement sur les aliments et drogues établit la liste des ingrédients médicinaux qui doivent être vendus sur ordonnance sous forme de médicaments au Canada. Actuellement, l'ajout ou le retrait d'ingrédients médicinaux dans l'annexe F nécessite une approbation du gouverneur en conseil à la suite d'un processus bien établi d'examen scientifique. Cette liste est progressivement changée par la «Liste des drogues sur ordonnance». La loi tient compte quelques fois d'exception dans le but de protéger les patients. La «nitro», que vous donnez en exemple est régie par une mesure législative exceptionnelle. Voici le texte: Par exemple, des exceptions ont été faites pour s'assurer que certains médicaments soient accessibles facilement par le grand public en cas d'urgence empêchant d'obtenir une ordonnance en temps voulu. Exemple: La nitroglycérine, un médicament servant au traitement de l'angine de poitrine (douleurs thoraciques), fait partie des exceptions, sa vente ne nécessitant pas d'ordonnance. Normalement, les patients se procurent ce médicament à l'aide d'une ordonnance rédigée par leur médecin. Toutefois, lorsqu'une angine de poitrine se déclare chez une personne qui ne trouve pas sa nitroglycérine et qui est trop loin de l'hôpital, elle peut s'en procurer à la pharmacie, car c'est un médicament en vente libre. La nitroglycérine permet de soulager les douleurs thoraciques et de limiter les dommages causés au coeur. Cet exemple illustre un cas d'accès facilité à une drogue en situation d'urgence. La loi indique bien que le transfert ne peut être valide «à moins que le pharmacien effectuant le transfert ne lui indique» lui-même de l'avis des juristes, les informations requises au transfert d'une ordonnance. Ce transfert d'informations ne peut s'effectuer que par un pharmacien et cette tâche ne peut être déléguée. Vous comprendrez bien, qu'un pharmacien ne peut prétendre avoir échangé les informations d'un confrère alors que sa pharmacie était fermée sachant de plus, que les dates et heures de chaque geste sont enregistrées. Vous comprendrez que non seulement, un pharmacien qui vous aurait «dépanné» aurait transgressé aux lois et règlements, mais aurait agi sachant très bien que toutes les preuves sont disponibles pour l'incriminer. La solution n'est pas dans l'obligation d'exiger de tous les pharmaciens propriétaires qu'ils soient ouverts 24h par jour, 365 jours par année; mon confrère ou ma consoeur qui avait choisi de fermer sa pharmacie le jour de Noël n'est donc pas fautif. Le pharmacien est trop souvent déchiré entre le désir d'assurer et protéger la santé des patients et le respect de toutes les législations. L'«Ordre des Pharmaciens du Québec» et le «Collège des Médecins du Québec» ont travaillé depuis maintenant des années à l'amélioration de la situation, priorisant le patient. La Loi 41 en est le résultat. Le «Collège des Médecins du Québec» a démontré une très grande ouverture d'esprit en acceptant que des pharmaciens puissent prescrire certains médicaments utiles dans les soins de certaines affections mineures et nous ne pouvons que féliciter ces Ordre et Collège. Cette Loi ne règlera pas tous les problèmes ,mais sera un pas important dans l'optimisation des compétences médicales et pharmaceutiques. Le pharmacien ne pourra jamais remplacer le médecin, c'est un fait; optimiser ses compétences pourraient certainement assurer des soins en première ligne beaucoup plus efficaces, les conséquences sont prévisibles sur la disponibilité collective des médecins. Pourquoi retarde-t-on l'application de cette Loi? Nos prochains objectifs: s'assurer que l'information du «DSQ» ou «Dossier de Santé du Québec» puisse être une source d'informations reconnue pour que le pharmacien puisse intervenir dans un cas d'urgence en represcrivant et non en prescrivant. Ceci, Madame Beausoleil, aurait permis au pharmacien de pouvoir intervenir efficacement et légalement. Madame Beausoleil, je sais que je n'ai apporté aucune solution immédiate, mais votre lettre soulève un débat gigantesque. J'espère que finalement vous n'en tiendrez rigueur à aucun pharmacien, ni à celui qui était en devoir le jour de Noël, ni aux pharmaciens qui avaient choisi de fêter en famille cette heureuse fête. Sachez que je suis profondément troublé de la situation que vous avez vécue. Jean Provost, pharmacien propriétaire Granby