Comme plusieurs l’ont fait remarquer, la loi 62 vise spécifiquement les femmes musulmanes en faisant d’elles des objets de rejets à cause de leur sexe et de leur religion, affirme André Beauregard.

En harmonie avec le niqab

Vivre ensemble, égalité homme-femme, neutralité de l’État, liberté de conscience, liberté de religion, ouverture et empathie envers les immigrants, voilà autant de principes avec lesquels nous sommes généralement favorables. La dif­ficulté, c’est comment harmoniser leur application au quotidien ?

La présence chez nous du niqab et autres vêtements qui cachent totalement la personne permet de questionner de façon concrète l’harmonisation de tous ces beaux et grands principes auxquels nous tenons. Un sondage révélait récemment qu’environ 70 % des Canadiens et des Québécois étaient d’accord avec la loi 62 du Québec qui obligeait les services publics à être donnés et reçus à visage découvert. Bien sûr, en toute franchise, nous devons admettre que la vue du niqab dans l’espace public nous agresse grandement, et ce, quel que soit notre effort d’ouverture à l’autre.

Le problème du niqab, ce n’est pas d’abord une question de sécurité ou d’identification, mais une question d’anti-relation humaine agressante. Enseigner ou soigner ou manger ou s’asseoir dans un autobus à côté d’une personne qui cache son visage sous un niqab ou sous une cagoule, honnêtement, c’est désagréable. On peut même considérer cette attitude comme un geste d’impolitesse et de fermeture vis-à-vis l’autre. Je pense que le sondage n’a fait que confirmer cette aversion viscérale qui nous habite.

Après avoir dit cela et s’être grandement soulagé, que fait-on devant cette réalité vécue au Québec et au sujet des motifs qui poussent une femme à se cacher le visage lorsqu’elle circule dans l’espace public ? Seraient-ce des motifs religieux, des motifs politiques, des motifs culturels, des motifs identitaires ? Chaque Québécois­ a sa petite idée sur le sujet. Les conclusions qui reviennent le plus souvent affirment haut et fort que ce sont des motifs rattachés au monde religieux et à la soumission de la femme. Mais peu de faits prouvent réellement ces affirmations. De plus, il semble que ces femmes travaillent, étudient et vivent exactement comme toutes les femmes québécoises que nous côtoyons quotidiennement.

Il est vrai que le petit nombre n’est pas en soi un argument sérieux, mais en même temps, il fait partie de la réalité. Toute projection dans le futur imaginant un Québec envahi par le niqab est totalement farfelue et généralement basée sur une peur totalement injustifiée et irrationnelle. La presque totalité des femmes musulmanes ou bien ne portent que le voile, ou bien ne portent absolument aucun voile. Les femmes les plus ardemment opposées au niqab sont de religion musulmane. 

Ainsi après nos premières réactions négatives, il faut éviter d’abord de faire une fixation maladive sur le sujet et par la suite, il faut apprendre à s’en accommoder le plus paisiblement possible. Reconnaissons que rien dans cette histoire du niqab n’est suffisant pour briser l’harmonie du vivre ensemble dans ce beau pays de la liberté parce que, faut-il le rappeler, nous parlons d’une « liberté égale » pour tous et toutes.

Comme plusieurs l’ont fait remarquer, la loi 62 vise spécifiquement les femmes musulmanes en faisant d’elles des objets de rejets à cause de leur sexe et de leur religion. De plus, cette loi semble inapplicable sur le terrain et facilement contestable devant les tribunaux. Les interdictions et les propos radicaux ne feront qu’augmenter la résistance des adeptes du niqab et favoriseront leur exclusion. Tout ce débat n’a rien à voir avec la neutralité de l’État ; c’est tout simplement une chasse aux sorcières. 

André Beauregard

Shefford