Je regarde le reportage de Radio-Canada sur l'attaque de la mosquée de Québec et... je suis triste.

En Floride comme à Québec

Je regarde le reportage de Radio-Canada sur l'attaque de la mosquée de Québec et... je me retrouve soudainement au début des années 1970 alors que j'ai à peine 10 ans.
Mes parents, comme plusieurs de leurs amis, connaissances et citoyens de la région ont économisé suffisamment d'argent pour passer deux semaines en Floride l'hiver. Plusieurs parlent peu ou pas la langue de la place et petit à petit, ils se regroupent dans une même ville afin de retrouver un peu de chez soi, loin du froid hivernal. 
À l'époque, j'entendais très souvent parler du Motel Expo, détenu par des gens bien connus de la région de Saint-Hyacinthe. J'imagine que c'était devenu l'endroit pour plusieurs Maskoutains pour obtenir des informations : où trouver des vêtements, un dentiste, un resto-cantine, une église catholique, le nom d'un employeur ouvert aux Québécois pour étirer l'hiver ou même le nom d'une connaissance provenant de la même ville que le nouvel arrivant.
Il y a sûrement quelques Américains à l'époque, observant leur chère Hollywood de plus en plus envahie par des automobilistes aux plaques indiquant « Je me souviens », qui n'ont pas apprécié. Se faire demander des renseignements dans un anglais incompréhensible ou entendre parler français autour d'eux sans rien y comprendre pouvait les rendre intolérants, voire agressifs devant l'envahisseur.
Ils auraient pu souhaiter une baisse vertigineuse du dollar canadien pour éloigner ces « Pea soup », mais rien n'y faisait, car année après année, ils sont revenus... sans prendre le temps d'apprendre l'anglais durant l'été. 
Imaginez maintenant que l'exaspération de l'un d'eux le pousse à sortir son fusil de l'armoire et à faucher quelques bedaines sur le « boardwalk » de la ville afin d'éradiquer le phénomène français pour de bon et faire fuir tous les Québécois pour des années...
Je regarde le reportage de Radio-Canada sur l'attaque de la mosquée de Québec et... je suis triste. Triste de voir la peine des familles des victimes, triste de voir l'émotion du maire Labeaume. Et triste de constater que le terrorisme est maintenant chez nous. Qu'après avoir vu plusieurs terroristes extrémistes de religion musulmane s'en prendre d'abord aux institutions étrangères (World Trade Center), puis aux citoyens étrangers (Londres, Paris, Nice), c'est maintenant un « local » qui s'attaque à de simples citoyens musulmans de sa propre nation. Eh oui... ils sont QUÉBÉCOIS ces gens qui fréquentent la mosquée de Québec. Doit-on vraiment le rappeler ? À entendre certains commentaires mentionnés dans le passé sans que j'ose intervenir, je crois que cette fois, je dois le dire. Et ils forment un énorme 3 % de notre population, pas de quoi craindre un soulèvement djihad.
Je regarde le reportage de Radio-Canada sur l'attaque de la mosquée de Québec et... je suis dévasté en entendant que l'une des victimes était à Québec, ce que le « Motel Expo » des années 1970 était à Hollywood. Comme boucher, il était affable et surtout bienveillant ; il était la référence pour plusieurs nouveaux arrivants musulmans qui avaient besoin d'un repère dans leur langue. 
L'homme qui probablement leur a expliqué que l'hiver ne dure pas toute l'année. L'homme qui leur a fourni des adresses pour des vêtements, un dentiste, un resto halal, une mosquée, le nom d'un employeur québécois qui ne craint pas qu'il joigne son équipe ou même le nom d'une connaissance provenant de la même ville que le nouvel arrivant. Pour créer quoi ? Une intégration réussie. Ce boucher tout en maniant le couteau a très sérieusement contribué à intégrer des centaines de gens qui vivent depuis plusieurs années à Québec. Une intégration plus efficace que bien des programmes gouvernementaux (...)
La solution (NDLR: pour lutter contre le terrorisme) passera nécessairement par la compréhension de ce dont les gens ont besoin, leurs motivations à créer le chaos. Quand on considère que la somme des avoirs de 8 hommes sur la planète équivaut à la somme des avoirs de la moitié de la population du monde, ça mérite réflexion. Et de quel côté, croyez-vous, proviennent la majorité des exaspérés, « brain washés » musulmans ?
Ce soir, je souhaite, et je crois que je vais même prier, pour que l'intolérance diminue. Et demain, j'irai manger un bon « shish-taouk » en offrant mes sympathies au serveur.
Robert Gingras
Granby