Rappelons qu'un homme de 56 ans soutient avoir été violé à plus de 300 reprises pendant qu'il était pensionnaire au Collège Mont-Sacré-Coeur au cours des années 1970.

Empathie et justice

Votre lettre parue le 5 décembre, M. Dufresne, dans laquelle vous partagez votre vision des choses est très éclairante. Concernant les trois lettres auxquelles vous faites référence, il aurait été plus instructif de mentionner clairement les passages qui, apparemment, diminuaient l'ignominie des « allégations » rapportées dans les médias.
Si vous lisez bien, aucune de ces lettres ne pose un jugement sur les « allégations » rapportées. Prudemment, elles laissent au système de justice la responsabilité de se préoccuper de rechercher la vérité et la justice : (ce que vous devriez faire). Ces lettres, si vous les relisez, visent deux buts : éviter la généralisation (piège dans lequel vous êtes tombé) et rappeler que ces « allégations » ne doivent pas effacer l'immense travail d'éducation exécuté par des milliers de religieux. Comme le dit si bien Mme Lacoste : « tout n'est pas noir ou blanc ».
Par contre, ce que votre lettre laisse entrevoir, ce n'est pas d'abord votre empathie envers les victimes, mais votre hargne envers les communautés religieuses, une hargne qui se fout totalement de la justice. Bien sûr, je suis parfaitement d'accord avec le slogan : « je vous crois ».
Or, ce slogan signifie que la société, par ses institutions, doit absolument accueillir avec beaucoup d'humanité les personnes qui osent parler ; elle doit les écouter avec énormément d'attention ; elle doit chercher avec ses moyens d'enquêtes à connaître exactement les faits. Or, actuellement, vous ne pouvez pas parler de « faits », mais seulement « d'allégations », car en absence de procès, nous ne connaîtrons probablement jamais ce que vous appelez la vérité.
Par conséquent, cela laissera beaucoup de place aux spéculations, aux jugements populaires et aux propos hargneux. Et vous vous en doutez certainement, la réalité est toujours beaucoup plus complexe que les apparences. L'ignorance de cette réalité peut parfois conduire à des lynchages radicalement contraires aux principes d'un État de droit.
J'espère de tout coeur que les victimes avérées puissent profiter pleinement des avantages de notre système de justice et puissent être accueillies avec énormément d'empathie par nos institutions sociales.
André Beauregard
Shefford