Elles sont jeunes, belles et instruites

Elles vont à l'université, elles parlent un français impeccable, elles se présentent agréablement, elles expriment leurs convictions religieuses avec le sourire, elles insistent pour dire qu'elles agissent en toute liberté, elles affirment que le port du voile est une décision personnelle sans pression indue, elles veulent porter le voile dans les écoles qu'elles fréquentent et dans les activités sportives qu'elles pratiquent. Ces femmes ne se rendent pas compte - c'est à la fois triste et dangereux - qu'elles constituent l'arme secrète et sophistiquée des islamistes extrémistes et fondamentalistes. Elles ne sont pas conscientes non plus que leurs discours donnent bonne conscience aux hommes qui font vivre dans la soumission les femmes de leur entourage en les obligeant très jeunes à faire des mariages arrangés et à porter le voile.
 
Pour quelques naïves qui ont l'illusion de poser librement un geste religieux en portant le voile, combien de femmes musulmanes voilées circulent dans nos rues et vivent silencieusement l'enfer de la domination et de la terreur? Heureusement, quelques femmes de foi musulmane animées d'un courage héroïque dénoncent ouvertement ces discours insidieux qui favorisent la montée du courant fondamentaliste de l'Islam dans le monde occidental. Il faut entendre le cri du coeur de ces battantes qui, à visage découvert et cheveux au vent, défendent âprement la liberté et s'opposent farouchement à toute forme d'intégrisme.
Il est heureux de constater, ces jours-ci, que le Congrès musulman canadien fasse des démarches auprès du gouvernement fédéral afin qu'il bannisse le port de la burqa et du naqab en public. Il explique que «ces deux vêtements constituent une pratique médiévale et misogyne et qu'aucun passage du Coran n'oblige les femmes à se couvrir le visage». Ces attitudes misogynes ne sont pas le propre d'une seule religion. La plupart des grandes religions conservent des pratiques et des règles sexistes qui sont l'expression du pouvoir et de la domination masculines. Ces conventions sexistes sont généralement appuyées sur de pseudo-dogmes théologiques et culturels. Les conservateurs évangéliques américains soutiennent ces mêmes idées médiévales puisées dans ce même obscurantisme religieux.
Le monde religieux travaille toujours à réimposer la prééminence de ses règles supposément divines, reliquat d'anciens principes tribaux. Heureusement, la majorité des pays civilisés ont fait un immense pas en avant en séparant clairement l'Église et l'État. Grand bien nous fasse mais attention: les conservateurs religieux aimeraient bien remettre le dentifrice dans le tube. Ils combattent obstinément la démocratie, la laïcité de l'état et l'égalité des sexes. Évoluer leur fait tellement peur et surtout, ils ont tellement d'intérêts en jeu.
Le gouvernement de Jean Charest a actuellement la chance inouïe d'affirmer et d'appliquer concrètement les valeurs qui ont fait l'unanimité des Québécois et des Québécoises lors de la Commission Bouchard-Taylor: la laïcité de l'État et l'égalité des hommes et des femmes. Aura-t-il enfin l'audace et le courage d'agir sans aucune ambiguïté? Son projet de la loi 16 accouchera-t-il d'une mièvrerie ou deviendra-t-il un véritable rempart de nos valeurs?
André Beauregard, Shefford