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Derrière les services gratuits des géants du Web

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LA VOIX DES LECTEURS / Le modèle d’affaires des géants de la technologie qui leur est si fructueux s’avère également une problématique qui ne peut plus être ignorée.

Se préoccuper de la vie privée et des enjeux qui pèsent sur celle-ci ne s’agit pas de néo-ludisme, mais plutôt d’un comportement approprié au sujet d’une réalité qui menace non seulement le monde privé, mais également la liberté d’opinion et de réfléchir par soi-même.

Les techniques de marketing d’après le capitalisme de surveillance se résument par le profilage et la publicité ciblée. En premier lieu, le profilage permet de catégoriser les usagers selon des critères. Par la suite, on va proposer des offres commerciales personnalisées par la publicité ciblée. Les géants du Web tels que Google, Facebook et YouTube, pour ne mentionner que ceux-ci, qui proposent tous des services gratuits vont compter entre autres sur la publicité ciblée afin de monétiser leur plateforme.

Les traces qu’on laisse sur Internet sont récoltées et accumulées sous forme de mégadonnées. Celles-ci sont couplées aux algorithmes ultra sophistiqués qui peuvent traiter les données et faire des calculs à très grande échelle, favorisant ainsi un meilleur niveau de confiance pour les prédictions de comportement.

Ce modèle d’affaires est profondément antidémocratique. Dans toute démocratie, tout pouvoir doit avoir un contre-pouvoir. Tandis que les géants de la technologie accumulent constamment de l’information sur nous, nous ne savons rien d’eux. On ignore à quel point les corporations en savent sur nous et comment nos informations personnelles sont utilisées.

Un autre problème avec ce modèle d’affaires est que le bien-être des usagers importe peu ou aucunement aux géants de la technologie. Les développeurs d’applications et les psychologues qui travaillent pour ces compagnies ne pensent qu’au moyen de rendre leur plateforme le plus addictif possible en intégrant des stimulus qui clouent l’usager à son appareil. L’objectif des géants du Web est que l’on consacre le plus de notre temps à naviguer sur leur plateforme, tandis qu’ils continuent à récolter des données sur nous à des fins lucratives.

Si la question de la persuasion totale des médias sociaux peut être discutable, reste qu’ils ont un pouvoir d’influence sur la population. Les médias sociaux ne dictent peut-être pas ce qu’il faut penser, mais il est clair qu’ils dictent ce à quoi il faut penser. Alors, à la longue, quand on consomme le même type d’informations selon ce qui est présenté par les algorithmes, il y a un processus de renforcement du sens commun, et l’on voit ce phénomène se produire pour les personnes susceptibles de croire aux théories du complot.

À titre comparatif, c’est comme si l’information sur Wikipédia variait d’une personne à une autre. Pourtant, c’est ce qui se passe lorsqu’on fait une recherche sur Google. On trouve une information qui nous est présentée selon notre profil. La vérité et le mensonge n’existent plus; seulement l’information qui correspondrait le plus à la personne est affichée par les algorithmes.

Pourquoi ne faudrait-il pas penser à des moyens qui ne menaceraient pas la vie privée ? À rendre les géants de la technologie responsables de la dépendance de leurs usagers ? Particulièrement lorsqu’on sait qu’en réalité, ce ne sont pas les services offerts par les géants du Web, mais plutôt nous, en tant qu’utilisateurs, qui sommes le produit.

Fahim Moominzada

Démarche d’intégration en sciences humaines, Cégep de Granby