COVID-19: Un David contre Goliath...

LA VOIX DES LECTEURS / Le microbiologiste-infectiologue Guy Boivin titrait son texte paru dans Le Soleil du 11 avril ainsi : Un virus «presque» parfait.

Avec, par la suite, l'explication suivante: « Alors que nous avons pu circonscrire l'épidémie du SRAS à environ 8000 cas sur une période de six ou sept mois, la pandémie due à la COVID-19 a déjà résulté en 1,5 million de cas et le décompte final est loin d'être atteint. Comment pouvons-nous expliquer cette différence? La clé se situe au niveau du fitness du virus ou de la balance entre la transmissibilité et la virulence (mortalité)... Le fait que l'excrétion du virus pourrait survenir un certain temps avant le début des symptômes dans le cas de la COVID-19 (à la différence du SRAS) favorise également la dissémination du virus et complique grandement les mesures de santé publique. »

Ce virus avec un tel fitness, soit une capacité de transmission accélérée mais sans trop de morts, est un petit futé et il pourrait nous accabler longtemps. D'autant plus qu'il s'en prend aux vieux, notre maillon faible, et ménage les jeunes donnant ainsi le message que nos systèmes de protection sanitaire pour les aînés sont déficients, et ce, depuis longtemps. Au point où l'on parle d'une crise dans la crise devant les morts qui s'accumulent dans nos CHSLD, et illustrée de façon macabre par ce qu'on a trouvé à la résidence de luxe Herron à Dorval, en fait des humains morts ou traités aussi indignement que dans les camps de concentration. C'est même à se demander si la condamnation à mourir de la COVID-19 n'est pas plus douce que la condamnation à vivre dans un CHSLD infecte ?

Ce cas bien tristement québécois illustre  ce qui se passe en même temps dans le monde. Tous les maillons faibles risquent d'être atteints. Les vieux, mais aussi les pauvres, les sans-papiers, les réfugiés, tous privés de nourriture et de soins de santé adéquats deviendront donc d'excellents vecteurs de propagation pour ce petit futé de COVID-19 qui, en fait, comme David, risque de terrasser le géant Goliath.

Mais contrairement à cette histoire biblique, il faut espérer que le Goliath que représente notre monde hyper-prédateur des ressources de la terre et hyper-pollueur de notre atmosphère saura réagir en profitant de cette crise pour mettre toute son intelligence et tous ses moyens au service de la survie de l'humanité comme première priorité. Pour y arriver, rapidement, un état de surconscience morale est nécessaire.

Cet état est déjà en train de s'installer. Nos anges qui prennent soin des malades et qui assurent les besoins de base pour la population sont le meilleur exemple. Nos gouvernements qui, par toutes sortes de mesures financières, soutiennent nos travailleurs et nos entreprises en sont un autre. Mais il faudra plus, il faudra assister à des exemples de générosité sans pareils et hors du commun de la part des banques, des grandes entreprises richissimes et des grandes fortunes personnelles, bref, des privilégiés de ce monde, et ce, pour redonner espoir à l'humanité non seulement quant à sa survie, mais surtout quant à sa valeur primordiale, celle de donner un sens au monde dans lequel nous vivons. Cela pourrait commencer par des versements monétaires directement aux États qui ont sur leurs épaules, pour l'instant, toute la responsabilité de l'aide immédiate à fournir aux citoyens pour éviter le pire en ces temps très difficiles.

Ainsi, il apparaîtrait clairement, et surtout heureusement, que le Goliath auquel s'attaque la COVID-19 n'est pas aussi bête que celui de la Bible. 

Denis Forcier

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