Conspirations et pandémie

LA VOIX DES LECTEURS / La société québécoise parachève son processus de sécularisation. Celle-ci est définie «par la chute de la pratique religieuse et la disparition de la centralité du religieux dans la vie sociale et la culture » selon l’auteur Olivier Roy. Autrement dit, les religions ne structurent plus normativement la société. Néanmoins, cette mutation sociale n’implique aucunement la disparition de toutes les formes de pensée religieuse. Celles-ci s’enracinent paradoxalement au cœur même d’une vision laïque et sécularisée. Elle peut prendre la forme des théories conspirationnistes.

Ces dernières ont en commun quelques traits :

1. Une certaine appropriation du réel. En effet, devant la complexité du monde, les croyances conspirationnistes apportent une interprétation réduisant à des relations causales simples, des phénomènes fortuits dont le caractère multifactoriel s’avère indéniable.

2. Le maintien de l’illusion du contrôle absolu et de la toute-puissance. Ces croyances qui prolifèrent pendant la pandémie confèrent paradoxalement une impression de totale maîtrise sur la vie et sa vie. Cela correspond à la valeur cardinale de la société capitaliste : l’autonomie absolue. Ainsi, les théories conspirationnistes confortent le statu quo. Ce faisant, toute remise en question, fondée sur des analyses et philosophies, du modèle économique et social est réduite au silence. Ces croyances ne sont-elles pas la version moderne de « l’opium du peuple »?

3. La question de sens. Par les théories conspirationnistes, celles qui y adhèrent, trouvent en elles une intelligibilité et y puisent un sens valable pour elles. La dérive se situe dans le dogmatisme délétère n’offrant plus d’espace pour légitimer une approche critique. Celle-ci peut éviter le piège de l’exclusion.

Afin de favoriser un partage fécond dans une société plurielle, le dialogue devient une voie prometteuse. À cet égard, l’approche d’Yves St-Arnaud serait, à mon avis, à privilégier comme il l’élabore dans son ouvrage Vivre sans savoir (2012). Elle évite la polarisation conduisant à des anathèmes déplorables de part et d’autre.

Patrice Perreault

Granby