Le débat sur la laïcité et les signes religieux reviendra inévitablement dans la prochaine campagne électorale, estime Denis Forcier.

Code d'éthique de la laïcité québécoise

Malheureusement, le projet de loi 62 sur la neutralité qui sera voté bientôt, alors qu'il aurait dû juridiquement proclamer notre laïcité, sera plutôt l'outil de sa régression en ne mentionnant même pas le mot et plutôt en surprotégeant la liberté de religion sous prétexte de se conformer aux Chartes par tout un système d'accommodements. Au final, après 10 ans de débat, le résultat sera : 0 pour la laïcité, 1 pour la religion.
Ce débat reviendra donc inévitablement dans la prochaine campagne électorale. Les deux partis d'opposition susceptibles de prendre le pouvoir, CAQ et PQ, partagent actuellement le même point de vue à ce sujet : interdiction de porter des signes religieux pour les personnels des institutions publiques en position d'autorité coercitive (juges, procureurs de la Couronne, policiers, gardiens de prison) et éducative (les nouveaux enseignants (es) du primaire et du secondaire incluant les éducateurs et éducatrices en garderie). 
Étant donné l'état du débat, ces deux partis se retrouveront à viser en particulier les femmes, en particulier les femmes voilées, en particulier les femmes musulmanes. Si bien que la laïcité défendue apparaîtra facilement et trop facilement islamophobe. Il faut donc à mon sens éviter ce risque de surchauffe malsain d'un débat qui a déjà trop duré et qui risque de menacer dangereusement et durablement l'équilibre de notre société. 
Je propose donc, un peu en désespoir de cause, faut-il le dire, à tous les partis politiques, en particulier aux responsables du dossier - Stéphanie Vallée (PLQ), Agnès Maltais (PQ), Nathalie Roy (CAQ) et Gabriel Nadeau-Dubois (QS) - de s'entendre au moins pour annexer à ce projet de loi 62 un code d'éthique de la laïcité québécoise. Une laïcité qui a évolué pas à pas depuis les années 60 jusqu'en 2008 lors du remplacement dans les écoles du cours d'Enseignement moral et religieux catholique par le cours Éthique et culture religieuse. Une laïcité qui doit encore s'affiner compte tenu de l'arrivée depuis quelques années de minorités religieuses qui souhaitent afficher leur marque, du moins pour certains et certaines de leurs membres. 
Je propose donc ce code d'éthique pour baliser et faciliter une nouvelle évolution de notre laïcité. Il serait approprié alors d'en évaluer les progrès peut-être dans une dizaine d'années. Voici donc la proposition à ce propos que je souhaite mettre en débat à ce moment-ci avant que ne s'achève l'étude du projet de loi 62, article par article, en commission parlementaire : 
1) L'État québécois et toutes ses institutions sont laïques et ne sont en aucune façon des lieux de culte ; en conséquence, l'expression religieuse doit y être ou devenir plutôt discrète. 
2) La neutralité de l'État, de ses institutions, et de leur personnel à l'égard des religions, des croyances ou incroyances religieuses est un devoir moral, un devoir laïque et civique. 
3) La Charte des droits et libertés de la personne du Québec est la référence première en ce qui concerne le respect des libertés des citoyens oeuvrant dans nos institutions, en particulier la liberté de conscience et de religion. 
4) La liberté de religion permet donc à un citoyen ou à une citoyenne qui le désire de porter un signe religieux, à sa convenance, pour y donner ou recevoir un service, et ce, en toute dignité et tout respect, en montrant minimalement son visage. 
5) La liberté de conscience est choisie pour être au coeur de la laïcité québécoise, et elle précède tout choix religieux. Cette liberté est chez nous une valeur de société, une valeur d'égalité, une valeur de respect et surtout une valeur qui unit tous les Québécois et Québécoises.
6) En conséquence, chaque année, une journée (ou une semaine ?) est dédiée à cette liberté. Chacun et chacune sont alors invités (e) s à s'abstenir de porter tout signe religieux. 
7) Au nom de cette liberté de conscience, de nos députés (es), l'Assemblée nationale a choisi de remplacer son crucifix, un élément important du patrimoine, et de façon digne, par l'inscription stylisée de trois valeurs ancestrales et aussi de dialogue pour tous les Québécois : la LIBERTÉ, la FIDÉLITÉ et le PARTAGE.
Note : un code d'éthique vise à stimuler les meilleures pratiques. Et je souhaite qu'en l'adoptant, le Québec se distingue dans le domaine de la laïcité, comme il le fait dans bien d'autres, ce qui créerait une nouvelle occasion de fierté. 
Denis Forcier
Shefford