Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet

C’est fini de réduire l’identité québécoise à une sous-identité canadienne ?

LA VOIX DES LECTEURS / Le résultat est tombé. Les Québécois ont fortement appuyé le Bloc.

Celui-ci avec Yves-François Blanchet à sa tête a défendu l’identité québécoise. Une identité laïque depuis l’adoption de la loi 21 par le gouvernement de la CAQ. Mais aussi une identité collective bafouée depuis le rapatriement de la Constitution en 1982 sans le consentement du Québec, et qui a eu pour résultat d’affaiblir les pouvoirs du Québec, principalement en matière de langue. Mais aussi dans la protection de son identité nationale en plaçant au cœur de cette Constitution une Charte des droits individuels comme fondement d’un nouvel État canadien « post-national », comme l’a rappelé en entrevue au New York Times Justin Trudeau après l’élection de 2015. Il y mentionnait explicitement que « le Canada n’a pas d’identité profonde, d’identité commune... »

Le multiculturalisme qui en résulte réduit notre nation à une sous-identité canadienne. La campagne électorale l’a clairement démontré. 

En effet, aucun des chefs fédéralistes n’a appuyé ouvertement la loi 21, le premier ministre Trudeau allant jusqu’à déclarer qu’il ne la contesterait pas, pour l’instant. C’est tout dire, et les Québécois l’ont bien compris en donnant un appui massif au Bloc. 

C’est Philippe Couillard, cependant, avec sa loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État adoptée le 18 octobre 2017, qui avait mis le couteau dans la plaie identitaire des Québécois. Il a même, dans cette loi, osé faire disparaître le concept même de laïcité en ne mentionnant même pas le mot. Plus cruellement encore, il s’en est pris à cette valeur québécoise au cœur de la Révolution tranquille, qui dans les faits a amené une séparation entre l’État et les religions. Il a surtout permis d’affranchir la société québécoise de la religion catholique.

D’ailleurs, cette funeste loi aussitôt adoptée, François Legault, de la CAQ, a promis de la déchirer une fois élu. Les Québécois lui ont fait confiance le 1er octobre 2018 en élisant la CAQ avec une forte majorité. Depuis, il a réussi à faire adopter la loi 21 sur la laïcité, laquelle est appuyée à 70 % par les Québécois. Yves-François Blanchet, pour le Bloc, a repris le flambeau de sa défense dans le cadre de cette élection fédérale. Le Québec, c’est nous ! C’est-à-dire les Québécois qui ne se retrouvent plus, mais plus du tout, au plan identitaire, dans les partis traditionnellement fédéralistes. 

Au lendemain de cette élection, ce pays est profondément divisé sur le plan de l’urgence d’agir au plan environnemental certes, mais plus profondément encore au plan constitutionnel, car c’est cette Constitution de 82 à laquelle Trudeau père a fait inclure une Charte des droits individuels comme seule assise et fondement de la société canadienne qui, aujourd’hui, risque, avec les prochains jugements de la cour, de prévaloir sur la volonté collective des Québécois de définir eux-mêmes ce qui est juste pour leur société. 

En conséquence, la mission du Bloc à Ottawa, au-delà de la protection des intérêts immédiats du Québec, ne devrait-elle pas être de faire modifier cette Constitution afin que le Québec puisse légiférer librement pour tout ce qui relève de son identité nationale ?

Pour cela, il a besoin d’un outil de revendication constitutionnelle que devrait lui fournir rapidement le gouvernement Legault, soit une offre faite aux Canadiens par l’Assemblée nationale de signer la Constitution de 82, si celle-ci comprend une Déclaration d’identité du peuple québécois qui serait doté de pouvoirs souverains en matière de langue, de culture/communication, d’immigration et d’environnement.

Cet outil, fourni au Bloc, serait la meilleure garantie pour le fidéliser à l’endroit de la CAQ. Sinon, devant le mur constitutionnel canadien, surtout si les jugements des tribunaux invalident en totalité ou en partie la loi 21, le Bloc n’aura pas d’autre choix que de revenir à sa première option, soit l’indépendance du Québec. À moins que ce soit aussi le choix et l’option secrète de François Legault pour en finir définitivement avec un Canada qui nous considère comme une sous-identité canadienne, alors que nous sommes le peuple fondateur de ce pays. 


Denis Forcier

Shefford