C'est ça la vie

Le repos absolu. Mon anniversaire: des années que je porte comme un fardeau.
Je vois une personne âgée qui songe au long voyage.
Le corps flétri, les membres lourds et la voix qui s'éteint.
Le temps passe et me laisse désemparée.
Ma main tremble. De vieux souvenirs qui se défilent comme un livre qui ne laisse aucun but.
Des amies clairsemées, je n'en ai plus. Elles sont allées dormir au cimetière. Une amie de la famille, Ginette correspond avec ma fille.
Elles sont des amies de longue date: une femme forte, pleine d'humour.
J'apprends à l'instant même que la «Joan» est décédée. Un souvenir prend sa course dans ma mémoire.
La «Joan», je l'appelle ainsi parce qu'elle essaie de me dépasser sur le terrain de golf.
Nous sommes des voisines de chalet.
Sa famille est troublée par la maladie d'un enfant de sept ans, atteint d'une maladie incurable.
Toujours le souvenir ne cesse de me perturber.
Bouleversée, j'essaie de me rappeler l'incident.
Pas de golf ce matin-là. Le petit garçon de sept ans se meurt. Une image de la «Joan» en pleurs.
C'est ça la vie!
Il est étrange de penser à la «Joan», vieillie par l'âge ne peut retenir mes propos. Son garçon de vingt ans, de la même famille meurt dans un accident de motoneige.
Les deux accidents sont disparates.
Quand on est jeune, on prend le malheur par des pleurs.
Quand on prend de l'âge de midi, on s'écrie avec ardeur: «C'est assez!»
Aujourd'hui, la «Joan» décédée rejoint ses deux garçons dans la vallée de l'oubli.
Je retrouve le présent. Je regarde par la fenêtre et je vois la grande épinette glorieuse.
Ses bourgeons attirent les oiseaux.
Je souris à la vie.
Un anniversaire de plus: «98 ans.»
«C'est ça la vie.»
 
Marguerite Bolduc, auteure
Granby