Bousculer la quiétude de la mort pour une question d'argent

Il faut d'abord savoir que mon épouse Estelle est décédée d'un cancer foudroyant en septembre 2015, et ce, à la maison Au Diapason. Pendant deux semaines, j'y ai vu se dévouer un personnel et des bénévoles d'une compétence impeccable. Pas de sarraus blancs, pas de machines avec écrans, pas de nombreux tubes, que de l'amour. Venant d'une région plus froide du Québec,  nous ne connaissions pas cette maison de transition. Pendant dix ans, mon épouse a su entourer notre résidence d'une multitude de fleurs, d'arbres et d'arbustes, un véritable jardin d'Éden. Vous pouvez donc imaginer ce qu'elle pouvait voir à l'extérieur de sa chambre avant de fermer les yeux à tout jamais.
Tous les mois de septembre, j'y retourne, mais l'an dernier, j'ai constaté le début d'une construction nouvelle en face de la maison Au Diapason. C'est dans une publicité de votre journal que j'ai su que ce sont des condos à vendre. J'ignore combien de personnes y ont vu mourir des êtres chers depuis l'ouverture, mais je suis convaincu que ces derniers ne pourraient aller s'acheter l'un de ces condos.
Je ne comprends pas que la Ville de Bromont ait pu permettre cette construction, surtout en face d'une maison si importante pour beaucoup de monde. Je croyais que ce havre de paix était à l'abri de toute intrusion de résidences privées à proximité.
Encore une fois pour une question d'argent, la Ville va aller bousculer la quiétude de la mort. Quelle déception !
Yvon Lavoie
Granby